MAISON PUIS GRAND MAGASIN AU BON MARCHÉ PUIS CINÉMA VOX

25 - Besançon

  • Dossier IA25002030 réalisé en 2023
  • Auteur(s) : Laurent Poupard
maison grand magasin cinéma © Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine

Historique

Le Bon Marché

Le magasin Au Bon Marché est créé dans la deuxième moitié du 19e siècle par Camille Miot (Sylvain Camille, 1832-1908). L’Annuaire du Doubs de 1866 signale Miot comme marchand de nouveautés aux 62 et 64 Grande Rue tandis que celui de 1878 entérine l’extension de son affaire à la maison au n° 60 (achetée vers 1876). Miot réutilise donc trois bâtiments du 18e siècle, dont deux sont datés : la maison Hugon au n° 62 (1752) et l’hôtel Foraisse au n° 64 (rebâti en 1751 et agrandi en 1756). C’est certainement vers cette époque, à la fin des années 1870, qu’il fait construire pour son grand magasin une vaste halle à l’arrière des bâtiments. Le 18 mars 1878, il s’associe avec Auguste Isidore Roger, négociant à Besançon, pour créer une société en nom collectif dont l’objet est l’ « exploitation d’un commerce de nouveautés ». En juillet 1887, cette affaire, dont la raison commerciale et la signature sociale sont C. Miot et Roger, est prorogée jusqu’au 1er juillet 1888. Le capital est de 480 000 F, fournis à parts égales par les deux associés, et le siège est établi aux 60, 62 et 64 Grande Rue. Nouvelles prorogations par la suite, notamment le 27 juin 1894 pour la période s’étendant du 1er juillet 1894 au 1er juillet 1900.
En 1895, un article intitulé « Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon » décrit une entreprise prospère (« En 1866, cette maison réalisait environ 100,000 francs d’affaires par an, actuellement ce chiffre est plus que décuplé ! »), organisée en 22 rayons : ameublement, literies, tapis, lainages, bonneterie, costumes et confection, tapisserie, etc. Le journaliste ajoute : « Après n’avoir occupé que deux petits magasins, elle comprend aujourd’hui trois maisons entières : les numéros 60, 62, 64 de la Grande Rue de Besançon ». Et plus loin : « Des chambres commodes sont données au personnel féminin dont les parents habitent en dehors de la ville. » L’organisation de l’entreprise est calquée sur celle du magasin Au Bon Marché parisien, créé en 1838 par les frères Videau mais, surtout, développé à partir de 1852 par les époux Aristide et Marguerite Boucicaut, qui créent le concept de grand magasin
La maison Miot et Roger disparaît par anticipation puisque le 24 août 1898 est constituée la société en nom collectif Miot et Eydoux, qui associe Camille Miot (demeurant au 104 Grande Rue) à son gendre Henri Ernest Eydoux, employé de commerce. Habitant autrefois au 46 rue de Verneuil à Paris, Eydoux emménage au 73 Grande Rue (il logera par la suite au n° 49 et finalement au n° 121 de la même rue). L’objet de l’entreprise est « l’exploitation d’un fonds de commerce de marchand de nouveautés, exploité actuellement par M. Sylvain Camille Miot seul, à Besançon, Grande Rue n° 60, 62, 64, portant l’enseigne « au Bon Marché ». Elle est créée pour 25 ans, avec pour raison et signature sociales Miot et Eydoux. Le fonds social est de 750 000 F : 250 000 F apportés par Eydoux et 500 000 F par Miot, correspondant à l’établissement de commerce (dans trois immeubles dont un - le n° 60 - lui appartient et les autres sont loués à Victor Delavelle), la clientèle et les marchandises. L’Annuaire du Doubs de 1900 mentionne en outre le n° 58, acheté par la société vers cette date. Vraisemblablement elle aussi reconstruite au 18e siècle, cette maison (K 726) et son jardin (K 727) appartenaient en 1835 pour moitié au baron François Daclin et à sa sœur Rosalie, pour moitié au docteur Joseph Pourcy.
L’acte de société est modifié le 17 mars 1903 pour entériner l’entrée dans l’affaire de Paul Miot (Alphonse Paul, 1876-1904), employé de commerce. Cette arrivée avait été envisagée dès 1898, de même que le départ de son père (qui, du fait de cette arrivée, peut se retirer à compter du 1er juillet 1907). Toutefois, Paul décède le 17 juillet 1904 et, le 5 août 1905, Camille Miot décide de cesser d’être associé en nom collectif (à compter du 1er juillet 1905) pour devenir simple commanditaire. La société change alors et passe en commandite simple avec la raison sociale Eydoux, tout en conservant l’enseigne Au Bon Marché et son implantation aux 58 à 64 de la Grande Rue. L’Annuaire du Doubs de 1910 mentionne Eydoux dans les rubriques Bonneterie, Fabricants et marchands de parapluie, Tailleurs d’habits et confections, Tailleurs et tailleuses en robes et confections, Marchands de tissus, nouveautés et rouennerie. Le Bon Marché s’étend toujours du n° 58 de la Grande Rue au n° 64. Lorsque la société est dissoute le 6 août 1926, les commanditaires sont Eydoux, sa femme et le frère de cette dernière, Louis Miot (Jean Marie Camille Louis, 1873-1930), ancien avoué près de la cour d’appel de Besançon. L’acte de dissolution mentionne que l’affaire est alors présente aux 56, 58, 60 et 62 Grande Rue et au 5 rue du Palais de Justice.

Les Nouvelles Galeries

L’établissement est racheté par les Nouvelles Galeries, installées dans l’église de l’ancien couvent des Dames de Battant (59 rue des Granges) puis en 1904 de l’autre côté de la rue, à l’emplacement de l’hôtel National (au n° 44). Cette société anonyme a été créée à Paris le 19 mai 1897 par Ariste Nicolas Canlorbe, demeurant au 14 boulevard Gambetta à Nogent-sur-Marne, sous le nom de Société française des Grands Bazars et Nouvelles Galeries réunies. Ayant son siège social au 66 rue des Archives, à Paris, et un capital initial de 7 500 000 F (15 000 actions de 500 F), elle est issue de la réunion de plusieurs affaires, dont la société des Grands Bazars réunis, fondée le 1er janvier 1892. L’un des administrateurs de la nouvelle société est le Bisontin Paul Demogé (Marc Paul François, 1861-1914), domicilié au 59 rue des Granges, fondateur à Besançon dans la décennie 1860 du Bazar parisien (qu’il liquidera en 1899). Le 20 avril 1899, l’affaire prend la raison sociale Société française des Nouvelles Galeries réunies (l’ancienne étant conservée comme sous-titre). Elle grossit rapidement d’où d’incessantes augmentations de capital, celle du 27 mars 1900 (lorsque le fonds social est porté à 30 889 000 F) accompagnée d’une nouvelle version des statuts due à deux administrateurs et négociants bisontins, le même Demogé (5 rue Charles Nodier) et Léon Charpy (59 rue des Granges). L’Annuaire du Doubs de 1910 signalait les Nouvelles Galeries aux 44 rue des Granges mais aussi au 71 Grande Rue, celui de 1925 fait état des 69 et 71 Grande Rue. En 1926, l’implantation dans cette rue correspond donc aux n° 58, 60, 62, 69 et 71 (l’annuaire de 1937 désigne les trois premiers comme une « annexe des Nouvelles Galeries »).

Le Vox et L'Est Républicain

L’ensemble immobilier est repris juste après le Deuxième Guerre mondiale par la société La République de l’Est, établie au 15 rue Proudhon, éditrice du journal du même nom dirigé avant la guerre par le marquis Leonel de Moustier. La halle du Bon Marché est convertie en cinéma en 1947 par Léon Fritz, patron de deux autres salles bisontines : le Central (59 rue des Granges) et le Rex (18 rue des Chaprais). Elle a une capacité de 1 050 places et son architecte, le parisien Edouard Lardillier, voit son projet primé au festival de Venise. Spécialisé dans les salles de spectacle (300 salles de cinéma entre 1945 et 1964), celui-ci les conçoit ou rénove celles existantes. La République de l’Est disparaît en 1957, remplacée en 1960 par Les Dépêches puis en 1973 par L'Est Républicain. Le sous-sol est transformé en 1976 lorsque sont aménagées trois nouvelles salles de cinéma (deux sous la halle et la troisième au n° 62) ; en même temps, les constructions entre les maisons et la halle sont modifiées et réunies sous un même toit en appentis. Le "complexe cinématographique U.G.C. Vox" est inauguré le 1er octobre 1976. Le Vox ferme en 2004 (les salles seront vandalisées par la suite). En 2023, le site abrite toujours les bureaux de L’Est Républicain et des commerces tandis que l’ancien cinéma Vox, propriété de la SMCI (Société Moderne pour les Commerces et les Immeubles), doit être démoli pour céder la place à des logements.
Période(s)
Principale :
  • 4e quart 19e siècle
Secondaire :
  • 2e quart 20e siècle
  • 4e quart 20e siècle
Date(s)
1947 : daté par source
1976 : daté par travaux historiques
Auteur(s) & personnalité(s)

Date de naissance : 14/03/1908 - date de décès : 17/03/1964

Lardillier, Edouard (1908-1964). Architecte spécialisé dans la construction et la rénovation de salles de spectacle et des cinémas. Auteur en août 1932 d’un article, dans la revue <span style="font-style:italic;">La Technique cinématographique</span>, intitulé : <span style="font-style:italic;">Pour transformer ou construire une salle de cinéma</span>.(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Lardillier)

Description


L'ancienne halle du Bon Marché est en pan de fer (avec des reprises en béton ?) ; elle a une charpente métallique (à laquelle a été suspendu le plafond de la salle de cinéma) soutenant une verrière à longs pans. Son mur pignon occidental est en moellons calcaires enduits, de même que ses murs latéraux. Elle abrite deux salles de cinéma au sous-sol et une grande salle au rez-de-chaussée (sur deux niveaux dont un balcon). La maison au n° 58 a une façade (sur la Grande Rue) en pierre de taille. Elle comporte un sous-sol, voûté d'arêtes, deux étages carrés et un étage en surcroît, desservis par un escalier tournant en maçonnerie. Elle est coiffée d'un toit à longs pans et pignons couverts, à couverture de tuiles mécaniques. A l'arrière, l'extension de 1976 comporte deux étages carrés et elle est protégée par un toit en appentis, revêtu de shingle. Le bâtiment au 5 rue du Palais de Justice est en moellons calcaires enduits. Son rez-de-chaussée est occupé par un porche et il compte deux étages carrés et un étage en surcroît. Il a un toit à longs pans (avec pignon découvert au nord) et des tuiles plates mécaniques.
Murs :
  • calcaire
  • fer
  • moellon
  • pan de fer
  • pierre de taille
  • enduit
Toit :
  • verre en couverture
  • tuile plate
  • tuile plate mécanique
  • bitume
Etages :
  • sous-sol
  • 1 étage carré
Couvrement :
  • voûte d'arêtes
Elévation :
  • élévation à travées
Escalier :
  • escalier dans-oeuvre escalier tournant à retours avec jour en maçonnerie

Source(s) documentaire(s)

  • Archives départementales du Doubs : 6 U 505 Tribunal de Commerce. Dépôt d’actes. Actes des sociétés. Miot et Eydoux. 1898-1924 ; Miot et Roger. 1887-1894.
    Archives départementales du Doubs : 6 U 505 Tribunal de Commerce. Dépôt d’actes. Actes des sociétés. Miot et Eydoux. 1898-1924 ; Miot et Roger. 1887-1894.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 6 U 505
  • Archives départementales du Doubs : 6 U 549-550 Tribunal de Commerce. Dépôt d’actes. Actes des sociétés. Société française des Nouvelles Galeries réunies. 1901-1927.
    Archives départementales du Doubs : 6 U 549-550 Tribunal de Commerce. Dépôt d’actes. Actes des sociétés. Société française des Nouvelles Galeries réunies. 1901-1927.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 6 U 549-550
  • Archives municipales de Besançon : 1 T 21 Autorisations d'occupation du sol (permis de construire, permis de démolir, déclarations de travaux et déclarations de poses de panneaux publicitaires) [...] 1947.
    Archives municipales de Besançon : 1 T 21 Autorisations d'occupation du sol (permis de construire, permis de démolir, déclarations de travaux et déclarations de poses de panneaux publicitaires), autorisations d'occupation du domaine public. 1947.
    Lieu de conservation : Archives municipales, Besançon - Cote du document : 1 T 21
  • 3 P 57 Cadastre de la commune de Besançon, 1835-1976
    3 P 57 Cadastre de la commune de Besançon, 1835-1976- 3 P 845/1-9 : Atlas parcellaire (1833-1834)- 3 P 57/1-3 : Registre des états de sections (1835)- 3 P 57/4-18 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties (1835-1914)- 3 P 57/32-41 : Matrice cadastrale des propriétés bâties (1882-1910)- 3 P 57/76-116 : Matrice cadastrale des propriétés bâties (1911-1965)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 57
  • [Plan cadastral napoléonien] Section K, de la Ville Sud-Ouest en quatre feuilles, 2e feuille, 1834.
    [Plan cadastral napoléonien] Section K, de la Ville Sud-Ouest en quatre feuilles, 2e feuille, du n° 288 à 840, levée à l’échelle d’1 à 1250, par Mr Berçot Géomêtre, dessin (plume, lavis), s.d. [1834], 68 x 101 cm, échelle 1:1250 (graphique), orienté.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 57 / K
  • Vue extérieure des magasins du "Bon Marché" à Besançon. S.d. [1895].
    Vue extérieure des magasins du "Bon Marché" à Besançon. Dessin imprimé, par Henriette et Durand. S.d. [1895]. Publié dans : Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon. Journal de géographie industrielle &amp; commerciale, 1895, p. 3.
  • Vue intérieure des magasins du "Bon Marché" à Besançon. S.d. [1895].
    Vue intérieure des magasins du "Bon Marché" à Besançon. Dessin imprimé, par Henriette et Durand. S.d. [1895]. Publié dans : Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon. Journal de géographie industrielle &amp; commerciale, 1895, p. 3.
  • Besançon-les-Bains - Les Grands Magasins de Nouveautés. Au Bon Marché - Eydoux. Vue intérieure - Galerie centrale. [1er quart 20e siècle, avant 1923].
    Besançon-les-Bains - Les Grands Magasins de Nouveautés. Au Bon Marché - Eydoux. Vue intérieure - Galerie centrale. Carte postale publicitaire, s.n. [1er quart 20e siècle, avant 1923]. Porte la date 11 juillet 1923 (manuscrite) au recto et (manuscrite et tampon) au verso.
    Lieu de conservation : Bibliothèque municipale, Besançon - Cote du document : CP-B-P19-0303
  • [Personnel du grand magasin "Au Bon Marché"]. S.d. [1er quart 20e siècle].
    [Personnel du grand magasin "Au Bon Marché"]. Carte postale, s.n. S.d. [1er quart 20e siècle].
    Lieu de conservation : Bibliothèque municipale, Besançon - Cote du document : CP-B-P19-0306
  • Roger Pierre, Jean-Marc Thibault Un cheval pour deux. Mai 1962.
    Roger Pierre, Jean-Marc Thibault Un cheval pour deux. Photographie, par Bernard Faille. Mai 1962.
    Lieu de conservation : Archives municipales, Besançon - Cote du document : Ph 15373
  • Goudot, Jean-Claude. Les Nouvelles Galeries autrefois... 22 juillet 2017.
    Goudot, Jean-Claude. Les Nouvelles Galeries autrefois... Vivre aux Chaprais [en ligne]. 22 juillet 2017, ill. [consultation du 12 octobre 2023]. Accès internet : https://www.chaprais.info/2017/07/les-nouvelles-galeries-autrefois/
  • Cornier, Marie-José. L'Est Républicain. S.d. [1982].
    Cornier, Marie-José. L'Est Républicain. S.l. [Besançon] : s.n. [l'auteur], s.d. [1982]. 42-[50] p. : ill. ; 30 cm. Rapport de stage. 50 p. d'annexes dont certaines dépl.
  • Estavoyer, Lionel ; Gavignet, Jean-Pierre. Besançon (Doubs) : ses rues, ses maisons, 1989
    Estavoyer, Lionel ; Gavignet, Jean-Pierre. Besançon (Doubs) : ses rues, ses maisons / dess. Jean Garneret. Nouv. éd. rev. et augm. - Besançon : Cêtre, 1989. 239 p. : ill. ; 22 cm.
  • Tatu, Michèle ; Bépoix, Denis. Histoires du cinéma à Besançon 1895-1995. 1995.
    Tatu, Michèle ; Bépoix, Denis. Histoires du cinéma à Besançon 1895-1995. Vesoul : Erti Editeur, 1995.110 p. : ill. ; 24 cm.
  • Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon. 1895.
    Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon. Journal de géographie industrielle &amp; commerciale, 1895, série C n° 122, p. 2-3 : ill.

Informations complémentaires


Une visite aux magasins du "Bon Marché" à Besançon. Journal de géographie industrielle & commerciale, 1895, série C n° 122, p. 2-3 : ill.

Nous ne croyons pas que l’on puisse mettre en doute un seul instant l’utilité des magasins de nouveautés. Par leur grand assortiment, le choix des objets les plus divers qu’on y rencontre, la commodité des achats, ils rendent d’immenses services aux différentes classes de la société.
Paris possède des établissements de ce genre très bien organisés, c’est certain ; mais il serait injuste de ne pas voir que les autres régions de la France offrent parfois à ce sujet de remarquables exemples de décentralisation.
Il existe des villes de population cependant restreinte, dans lesquelles il nous a été loisible d’examiner des maisons de nouveautés très bien agencées. Par contre, d’autres villes plus importantes sont mal partagées : nous observons quelquefois de ces lacunes dont l’explication est plus difficile que la constatation.
Nous avons déjà, en modestes statisticiens, fait le compte des grands magasins de nouveautés que l’on trouve en France. Ce petit calcul est le fruit de longues courses à travers notre pays, et quand, à ces mots Magasins de nouveautés, nous ajoutons le qualificatif grand, nous entendons par là les établissements de ce genre absolument montés sur le modèle des maisons célèbres de la capitale, le stéréotype exact de ces dernières, proportions gardées, bien entendu, avec l’importance des régions à desservir.
Or, en France, il y a environ huit ou dix grands magasins de nouveautés.
Les lecteurs qui suivent attentivement nos comptes-rendus, ont pu juger de l’excellente organisation de quelques-uns d’entre eux, desquels, en leur temps, nous avons été amenés à parler par suite de notre passage dans les localités où ils se trouvent.
C’est avec empressement que nous ajoutons à notre petite collection Le Bon Marché de Besançon, un des grands magasins de nouveautés français dont les chefs sont MM. MIOT & ROGER.
Véritablement c’est un plaisir, trouvons-nous, que la flânerie à travers les galeries, les salons, les escaliers, d’une maison de nouveautés confortablement installée. C’est surtout l’été que l’impression est le plus agréable. Les couleurs claires chatoyant dans un jour tamisé ; à tous les coins il y a profusion de choses gaies ; ici les étoffes diaphanes, les dentelles charmantes, les broderies délicates qui vont si bien au visage, plus loin les ombrelles élégantes, les chapeaux printanniers où se joueront les chevelures blondes ou brunes ; là-bas, les gants ont une souplesse agréable, à côté des parfums les plus captivants... les soie sont un froufrou enivrant et discret, les velours, les rubans s’agitent, comme s’ils comprenaient que c’est leur saison qui brille ; et dans tout cela, l’atmosphère s’atiédit, semble s’alanguir... C’est le plaisir des yeux, sous lesquels défile tout le cortège des choses printannières : on entend des babillages, on va, on vient, on monte, on descend, c’est un mouvement qui semble glisser sur les parquets cirés ou sur les tapis moelleux ; il entre de la douceur dans l’être, et de ce grand kaléidoscope qui vous offre et, sur un seul mot, vous remet tout ce qui est nécessaire, utile ou agréable dans l’existence, se dégage un sentiment doux et indéfinissable... Du moins, ceci est notre avis et peut-être nos aimables lectrices nous feront l’honneur de le partager.
C’est une promenade d’observateur attendri que nous avons faite au Bon Marché de Besançon, qu’on nous passe cette confession.
Au cours de cette promenade, nous avons eu le plaisir de rencontrer MM. MIOT et ROGER qui, au su de notre intention, nous ont très obligeamment servi de guides.
Nous avons passé un long moment à parcourir ce vaste établissement. Vingt-deux rayons qui réunissent tout ce qu’on peut imaginer, désirer, souhaiter ont défilé sous nos yeux : depuis l’ameublement, la literie, les tapis et tentures et jusqu’aux lainages, soieries, bonneterie, etc., etc. ; nous avons même eu l’indiscrétion de demander à voir les salons d’essayage pour dames, lesquels, entre parenthèse, sont très confortables et très luxueux ; ainsi que les vastes ateliers de costumes et confections que possède l’établissement. A propos d’ateliers, signalons ceux de tapisserie, cette partie très artistique de l’ameublement dont le goût moderne tire un magnifique parti ; on les a divisés en ateliers d’hommes et ateliers de femmes.
Il est à remarquer que les grands magasins du Bon Marché nous fournissent un exemple de prospérité commerciale très intense dont nous avons tenu à avoir l’explication.
En 1866, cette maison réalisait environ 100,000 francs d’affaires par an, actuellement ce chiffre est plus que décuplé !...
Après n’avoir occupé que deux petits magasins, elle comprend aujourd’hui trois maisons entières : les numéros 60, 62, 64 de la Grande Rue de Besançon.
De ce fait surprenant (surtout à une époque où l’on se plaint généralement des affaires), il faut déduire une excellente organisation, un système de vente avec des prix très réduits et malgré cela, des marchandises de tout premier choix soigneusement achetées sous la surveillance des chefs de la maison, le maintien immuable d’une parfaite fraîcheur dans tous les articles et enfin l’observance d’une grande loyauté dans les transactions.
Nous avons remarqué la complaisance du personnel de cette maison ; ceci est essentiel, car nous savons par expérience combien il est désagréable d’avoir affaire à un vendeur rébarbatif qui suffit pour éloigner un acheteur. Que cherche en effet, avant tout, pourrions-nous dire, la clientèle de ces grands magasins de nouveautés ! A peine décidée à faire un achat, elle va dans ces établissements, poussée par la curiosité, par ce besoin de se tenir au courant des choses nouvelles, par ce plaisir des yeux, plutôt que par l’idée arrêtée d’acheter tel ou tel autre article. Combien ne voit-on pas errer ainsi, à travers les galeries alléchantes de ces vastes entreprises, de jolis minois, de dames du monde, profilant sur les tentures intérieures la courbe délicieuse de leur corps, laissant complaisamment tomber leurs regards sur tous les objets exposés, sans savoir si ceci ou cela sera choisi et emporté.
Qu’un chef de rayon complaisant et adroit intervienne alors, sache deviner l’indécision de la visiteuse, juger et guider ses goûts ; qu’il s’explique avec politesse et un empressement non affecté ; qu’il sache plaire en un mot, et, le plus souvent, la personne qui était entrée là, pour le simple plaisir de se promener, ne quittera pas les galeries sans emporter quelque objet, quelque souvenir dont le côté utile ou agréable ne lui était point tout d’abord apparu.
Tel est le rôle d’un personnel intelligent ; et l’on conçoit sans peine toute l’importance qu’un chef de maison attache à cette partie de l’organisation.
Du reste, nous avons éprouvé une véritable satisfaction en voyant avec quelle espèce de sollicitude le personnel est traité par le chef du Bon Marché. On lui demande un travail sérieux et correct, mais en revanche on lui adoucit, dans la plus large mesure, l’existence qui lui est propre. Suivant différentes combinaisons, il est intéressé d’une façon très directe à la marche des affaires de l’établissement, procédé qui, à un double point de vue, offre des avantages qui ne peuvent échapper à aucun de nos lecteurs.
Ce personnel n’est pas nourri dans la maison parce qu’on a trouvé préférable de lui allouer une indemnité de nourriture ; de cette façon la prise des repas au dehors permet un temps de liberté bien utile pour une petite promenade divertissante à la fois et hygiénique.
Des chambres commodes sont données au personnel féminin dont les parents habitent en dehors de la ville.
Enfin, sous tous les rapports, il y a de l’entente entre les patrons et les collaborateurs, et certes la réalisation de ce grand désidératum n’a pas dû être un des moindres éléments de succès pour cette grande entreprise.
Quatre fois par an ont lieu des expositions très bien réussies : deux pour les nouveautés et costumes, deux pour le blanc, la lingerie, les trousseaux et l’ameublement.
Le Bon Marché affirme de jour en jour son importance par une progression lente mais continue de son chiffre d’affaires, ce qui, pour une maison, est le sûr garant de sa vitalité. Souvent, on ne s’explique pas, pourquoi telle maison progresse, tandis que tel autre, en dépit de ses efforts, voit ses tentatives échouer ! Et l’on accuse le hasard d’être la cause du succès ou de la non-réussite... Il y a certainement du hasard dans tout cela. Il y a aussi cet aide-toi, le ciel t’aidera qu’à parfaitement compris le Bon Marché de Besançon.
Son rayon d’action comprend, non seulement la ville de Besançon, pour laquelle il y a un service rapide et ininterrompu de livraisons, mais encore il s’étend au département du Doubs et aux départements limitrophes : nous n’avons pas été peu étonnés de lui voir grand nombre de clients même à Paris !...
Sans vouloir prouver que Paris a intérêt à faire ses achats à Besançon, il est permis d’affirmer toutefois que, les personnes habitant au moins la Franche-Comté, commettraient une faute impardonnable ou en tous cas une grosse erreur, en demandant à Paris (407 kilomètres !) des articles qu’elles ont sous la main avec tout le choix désirable et dans des conditions qu’elles chercheraient en vain plus avantageuses en aucune maison de la capitale.
Le Bon Marché de Besançon nous a fourni un exemple de décentralisation très remarquable en même temps qu’un véritable modèle d’organisation. — Signaler ces faits c’est toujours faire œuvre utile ; encore une fois nous l’avons accomplie, avec d’autant plus de plaisir que pareille occasion ne se renouvellera plus, peut-être avant plusieurs années, quand le hasard de nos courses nous aura conduit dans un autre centre privilégié. 

Archives municipales de Besançon : 1 T 21 Autorisations d'occupation du sol [...] 1947. Dossier Fritz (Central Cinéma/Rex Cinéma). Aménagement salle de cinéma, 52-54-56 Grande-Rue. 1947. 

Descriptif sommaire du projet

Le projet présenté se rapporte à l’aménagement d’une salle de spectacle dans la partie arrière de l’ancien magasin du Bon Marché Grande-Rue 52-54-56.
Réalisé conformément aux études de M. Lardillier, architecte, la distribution de la salle comprendra un parterre de 529 places, complété par une galerie montant en gradins depuis le niveau du parterre, où 520 spectateurs complémentaires trouveront place, permettant ainsi d’offrir à 1.049 personnes la vision de chaque séance.
Les accès se feront à la fois de la Grande-Rue et de la rue du Palais de Justice, celui de la Grande-Rue étant l'arrivée courante, celui de la rue du Palais de Justice la sortie et la sortie de secours.
La cabine installée dans la charpente du bâtiment aura des accès indépendants des passages publics, et une installation sanitaire très étudiée offrira son confort aux clients, assurant en même temps une sortie de secours complémentaire Six W.C. avec lavabo, seront à la disposition des dames et 2 W.C. avec 10 urinoirs à la disposition des messieurs.
On relèvera également dans le projet la prévision de bureaux, vestiaire, lavabo à l’entresol et au rez-de-chaussée, assurant au personnel des dépendances non négligeables, pour la bonne tenue de l’établissement.
La décoration intérieure faite en staff agrémentera en les masquant les porteurs en béton et en fer.
Les sols de ciment seront recouverts de parquet chêne et moquette pour assourdir les bruits intervenants.
Un profil incurvé du sol du parterre améliorera la visibilité sur l'écran.
L’ossature générale est conçue en béton armé, la charpente métallique existante complète à merveille cette construction offrant le minimum de risque d’incendie pour la sécurité du public.
La ventilation, le chauffage et la climatisation de la salle seront assurés par un groupe installé au sous-sol.
Tel que conçu le projet détaillé succinctement ci-haut est présenté à l'approbation de l’Administration avec l’espoir qu’il sera agréé en attirant les Commissions compétentes sur le fait que la distribution des matériaux contingentés est assurée par le Comité du Cinéma et qu’il n’est rien prélevé sur les attributions départementales de la Reconstruction ou autres organismes.
 
Fait à Besançon le 19 mai 1947
Thématiques :
  • salles de spectacle de Bourgogne-Franche-Comté
Aire d’étude et canton : Bourgogne-Franche-Comté
Dénomination : maison, grand magasin, cinéma
Parties constituantes non étudiées :
  • cour
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