FORGES DE CHENECEY, PUIS TRÉFILERIE, ACTUELLEMENT CENTRALE HYDROÉLECTRIQUE

25 - Chenecey-Buillon

Les Forges - chemin des Forges

  • Dossier IA25001595 réalisé en 2016 revu en 2017
  • Auteur(s) : Raphaël Favereaux
Logement ouvrier (aile nord) et entrée du site. © Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine

Historique


Un arrêt du conseil du 6 juillet 1700 autorise Isaac Robelin, Nicolas Courcier et Philippe Joseph Huguenet à établir, pour une durée de vingt ans, une manufacture de fer-blanc dans l'usine métallurgique de Chenecey, laquelle est de fondation antérieure (15e siècle ?). En 1744, le haut fourneau est dit "en ruines depuis plus de cinquante ans", mais est rétabli puisque mentionné en activité en 1766. En 1744, l’usine métallurgique est équipée d’une forge à quatre feux. Un martinet est mentionné quatre kilomètres en amont sur la Loue, à Buillon, non loin de l’abbaye cistercienne du même nom. Ce martinet aurait été annexé à l’usine principale à la fin du 17e siècle. Un décret de 1776 précise la consistance de l’usine : "deux cheminée d’affinerie, un gros arbre, son drôme, une enclume portant le gros arbre, et une dans le stoc [sic], rouages, roue de soufflets, au joignant le martinet assorti du gros arbre, roue de soufflets à deux feux ou cheminées […]". Au cours du 18e siècle, une fenderie aurait succédé à la fabrication de fer-blanc, remplacée plus tard par une platinerie. Propriété du comte de Coligny, seigneur de Chenecey, l’usine est vendue en 1788 à Joseph Ligier et sa femme Alexis Guyon. A cette date, la forge de Chenecey est encore qualifiée de manufacture de fer-blanc, équipée d’une forge et d’un martinet employant 6 ouvriers, et produisant 8 milliers de fer (le martinet de Buillon produit autant à cette époque).
Après la Révolution, l’usine est acquise par Louis-Vincent Mouret de Bartherans. C’est vraisemblablement lui qui entreprend la reconstruction d’un bâtiment abritant (entre autres) le logement du maître de forge, et dont un linteau de porte est frappé du millésime 1791. Un décret du 4 mars 1808 autorise Mouret de Bartherans à équiper un atelier de tréfilerie qui avait été construit en 1796, en remplacement de la platinerie. Une affiche, à l’appui de cette demande, précise que le haut fourneau est arrêté en 1773 et démoli en 1793. L’ordonnance royale du 29 décembre 1819 autorise Mouret de Bartherans à "conserver les quinze grosses bobines qu’il a établies sur lesdites usines, en remplacement et en augmentation des douze tenailles […], lesquelles formeront, avec les dix petites bobines ou lières, 25 mouvements indiqués au plan […], à construire une tréfilerie pour la fabrication en grand du fil de laiton, composée de 42 bobines […] et à rétablir dans l’emplacement M le second feu d’affinerie qui existait anciennement dans lesdites usines". A l'Exposition des produits de l'Industrie française, qui se tient au Louvre en 1823, l'établissement de MM. Mouret de Bartherans et de Velloreille obtient une médaille d'argent pour "leur fabrication de fils de fer, fils d'acier pour aiguilles et fils de laiton". En 1826, l’usine se compose d’une tréfilerie (40 mouvements), d’un martinet, d’une forge (deux feux), d’une "chaudière à recuire", d’un moulin avec huilerie, scierie et ribe. Elle emploie 100 ouvriers et fabrique annuellement 5 à 600 000 kg de fil de fer, 20 000 kg de "fer martinet" et 100 000 kg de fers de diverses qualités. Elle utilise pour cette production 450 tonnes de fonte (en provenance de Haute-Saône et de Côte-d'Or) et consomme 900 vans (de 10 pieds cube) de charbon de bois, et 200 cordes de bois (de 80 pieds cube). L’usine métallurgique est acquise en 1837 par Théophile Doroz, puis cédée à Pierre Nicolas de Velloreille en 1839, qui entreprend aussitôt sa reconstruction.
Outre une maison achevée cette même année, deux ateliers sont bâtis sur l’île de la Loue : l’un sur la rive gauche du bief, achevé en 1841, et deux autres situés sur la rive droite (clouterie et tréfilerie), respectivement achevés en 1842 et 1844. D’après un plan datant des années 1840, l’usine métallurgique serait mise en jeu par 23 roues hydrauliques, alors que cinq autres roues actionneraient le moulin, l’huilerie, la scierie et la ribe. Elle emploie à cette date une petite centaine d’ouvriers, pour une production annuelle de 480 tonnes de fil de fer. Vers 1850, l'usine emploie 60 hommes, 10 femmes et 15 enfants, et est équipée de six fourneaux, quatre fours et 34 "métiers"mis en jeu par 13 moteurs hydrauliques. L'établissement est acquis vers 1854 par la société des Hauts Fourneaux, Fonderies et Forges de Franche-Comté, sous la raison sociale Vautherin, Guenard, Regad et Cie, pour la somme de 200 000 francs. Il comprend alors cinq feux d’affinerie avec fours à chaleur perdue, un marteau et un cylindre cingleur, une machine soufflante, deux fours à souder, un cylindre (petits fers), une tréfilerie (90 bobines), quinze mécaniques à clous, moulin, scierie, tours, maréchalerie. Sa production annuelle atteint 600 tonnes (fil de fer et clous) et sa puissance hydraulique est estimée à 250 chevaux. En 1858, les usines de Chenecey et de Buillon (cette dernière aujourd'hui disparue) emploient 140 personnes et consomment annuellement 6000 mètres cubes de charbon de bois.
Une maison est construite à l’ouest du site en 1859, et des logements ouvriers sont bâtis au sud, de part et d’autre de l’entrée, à l’est, en 1863-1864. D’après un plan de 1866, l’outil de production n’est plus mis en jeu que par six roues hydrauliques en dessous : une pour la scierie, une pour le moulin, une pour le martinet, une pour le tour, une pour la machine soufflante et une pour le laminoir de la pointerie et de la tréfilerie. La forge ne compte plus que trois feux de forge, la tréfilerie renferme 93 bobines et la clouterie 65 machines. L’arrêté préfectoral du 24 janvier 1867 réglemente le nouveau régime hydraulique de l’usine. En 1883, l’effectif de l'usine est de 98 hommes et 16 femmes (l'établissement de Buillon emploie 46 hommes et trois femmes à la même époque).
Un nouvel atelier de tréfilage est construit sur l’île dans l’entre-deux-guerres. En 1930, l’usine emploie 100 ouvriers à la tréfilerie et 47 ouvriers à la clouterie. Elle est reprise à la fin des années 1930 par la Société Lorraine des Aciéries de Rombas, puis après la Seconde Guerre par l’Union sidérurgique de Lorraine. Au moment de sa fermeture, en 1949, l’établissement emploie encore une centaine de personnes. La tréfilerie comptait 76 rouleaux et 76 machines de clouterie. Tout le matériel a été démantelé. Le site a été acquis en 1970 par un entrepreneur de travaux. Une centrale hydroélectrique a été installée vers 1980, équipée de trois turbines de type Francis et de marque Goulut-Borne (Luxeuil-les-Bains, 70), sous une chute de 3,3 m, pour une puissance totale de 585 kW. Deux turbines sont actuellement en service, produisant une moyenne annuelle de 1,1 million de kWh. Les bâtiments situés à l'ouest de l'île sont en ruines. Les corps de bâtiment abritant les logements ouvriers ont été réhabilités en appartements.
Période(s)
Principale :
  • 2e quart 19e siècle
Secondaire :
  • 4e quart 18e siècle
  • 3e quart 19e siècle
  • 2e quart 20e siècle
  • 16e siècle
Date(s)
1791 : porte la date

Description


Le portique d’entrée du site est constitué de colonnes fasciculées alternant tambours en pierre calcaire et tambours cannelés en fonte. Il est cantonné de deux ailes de logements ouvriers, construites en moellon et pierre de taille calcaire, comprenant un étage carré, et couvertes de toits à longs pans en tuile mécanique et tuile plate. Le logement ouvrier ouest, construit en pierre de taille calcaire, est pourvu de deux étages carrés et d’un étage de soubassement, et est couvert d’un toit à demi-croupes en tuile mécanique. Le bâtiment décrivant un plan en L semble avoir été construit à diverses époques : la partie centrale date vraisemblablement du 16e siècle (arcs en accolade), et l’extrémité sud porte, sur un linteau du pignon, la date 1791. Ce bâtiment est construit en moellon de calcaire enduit, à un étage de soubassement, un et deux étages carrés, couvert d’un toit à longs pans, croupes, et tuile mécanique. Le bâtiment du moulin est construit en moellon de calcaire, avec sous-sol, deux étages carrés et un étage de comble. Il est couvert d’un toit à demi-croupes en tuile plate. Les clés de tirants de la façade nord dessinent les lettres LVMD. Construits sur l’île, les ateliers subsistants ont été reconstruits en rez-de-chaussée au milieu du 20e siècle. L’atelier sud est pourvu d’une ossature en béton armé, et est couvert d’une charpente en bois et d’un toit à longs pans en tuile plate. L’atelier reconstruit au nord possède une ossature métallique hourdée de parpaing de béton, et une charpente métallique couverte de tuile mécanique.
Murs :
  • calcaire
  • moellon
  • pierre de taille
  • enduit
Toit :
  • tuile mécanique
  • tuile plate
Etages :
  • sous-sol
  • 2 étages carrés
  • étage de soubassement
  • étage de comble
Elévation :
  • élévation à travées
Energie utilisée :
  • énergie hydraulique produite sur place turbine hydraulique

Source(s) documentaire(s)

  • 1 C 1378 Intendance de Franche-Comté – Industrie (18e siècle)
    Archives départementales du Doubs, Besançon1 C 1378 Intendance de Franche-Comté – Industrie (18e siècle)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 1 C 1378
  • F 14/4341 Usines métallurgiques. Modification de la tréfilerie de Louis-Vincent Mouret de Berterand à Chenecey-Buillon. Dossier 82 (1776-1819)
    F 14/4341 Usines métallurgiques. Modification de la tréfilerie de Louis-Vincent Mouret de Berterand à Chenecey-Buillon. Dossier 82 (1776-1819)
    Lieu de conservation : Archives nationales, Paris - Cote du document : F 14/4341
  • 61 J Fonds de la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Fonderies de Franche-Comté (1750-1972)
    61 J Fonds de la Société des Hauts Fourneaux, Forges et Fonderies de Franche-Comté (1750-1972)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 61 J
  • 3 P 150/1 Registre des états de section (1825)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 150/1 Registre des états de section (1825)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 150/1
  • 3 P 150/2 Matrice des propriétés foncières bâties et non bâties (19e siècle)
    Archives départementales du Doubs, Besançon 3 P 150/2 Matrice des propriétés foncières bâties et non bâties (19e siècle)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 150/2
  • 3 P 150/3 Matrice des propriétés bâties (1882-1910)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 150/3 Matrice des propriétés bâties (1882-1910)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 150/3
  • 3 P 150/5 Matrice des propriétés bâties (1911-1959)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 150/5 Matrice des propriétés bâties (1911-1959)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 150/5
  • M 2335 Statistiques industrielles (1820-1830)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, M 2335 Statistiques industrielles (1820-1830)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 2335
  • M 2370 Enquêtes sur les industries principales (1883)
    Archives départementales du Doubs, Besançon : M 2370 Enquêtes sur les industries principales (1883)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 2370
  • M 2378 Statistiques industrielles (1811-1812)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, M 2378 Statistiques industrielles (1811-1812)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 2378
  • M 3044 Travail et main d’œuvre, 1926-1930
    M 3044 Travail et main d’œuvre, 1926-1930
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 3044
  • 7 S 38 Moulins et usines. Dossier communal
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 7 S 38 Moulins et usines. Dossier communal (1806-1869)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 7 S 38
  • 426 S 1 Usines métallurgiques. Affaires générales, statistiques, demandes d’établissements (1805-1820)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 426 S 1 Usines métallurgiques. Affaires générales, statistiques, demandes d’établissements (1805-1820)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 426 S 1
  • 432 S 4 Appareils à vapeur. Déclarations (1837-1856)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 432 S 4 Appareils à vapeur. Déclarations (1845-1877)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 432 S 4
  • Annuaire du Doubs, 1820.
    Annuaire statistique et historique du département du Doubs pour l'année bissextile 1820. - Besançon : Impr. Veuve Daclin, 1821.
  • Annuaire du Doubs, 1825.
    Annuaire statistique et historique du département du Doubs. Besançon : imprimerie veuve Daclin, 1825.
  • Annuaire du Doubs, 1826.
    Annuaire statistique et historique du département du Doubs pour l'année bissextile 1826. - Besançon : Impr. Veuve Daclin, 1827.
  • Annuaire du Doubs, 1859.
    Annuaire du Doubs, 1859, p. 299.
  • Bourgin, H.et G. L’industrie sidérurgique en France au début de la Révolution, 1920.
    Bourgin, H.et G. L’industrie sidérurgique en France au début de la Révolution (1788). - Paris : Imprimerie nationale, 1920.
  • Claerr-Roussel (C.), Belhoste (J.F.), Philippe (M.). La métallurgie comtoise XV-XIXe siècles. Etude du val de Saône, 1994.
    Claerr-Roussel (C.), Belhoste (J.F.), Philippe (M.). La métallurgie comtoise XV-XIXe siècles. Etude du val de Saône. - Besançon : Asprodic, 1994, 416 p.
  • Désignation sommaire des immeubles apportées dans la Société des Hauts Fourneaux, Fonderies et Forges de Franche-Comté, 1854.
    Désignation sommaire des immeubles apportées dans la Société des Hauts Fourneaux, Fonderies et Forges de Franche-Comté. - Besançon : typogr. Outhenin-Chalandre Fils, 1854, 16 p.
  • Genestier Michel. La Société des Forges de Franche-Comté, 1962
    Genestier Michel. La Société des Forges de Franche-Comté. - Besançon : Faculté des Lettres, 1962, 120 p.
  • Gille, Bertrand. Les forges françaises en 1772, 1960.
    Gille, Bertrand. Les forges françaises en 1772. - Paris: SEVPEN, 1960.
  • Les établissements métallurgiques en Franche-Comté aux XVIIe et XIXe siècles, 1968
    Lassus, François. Les établissements métallurgiques en Franche-Comté aux XVIIe et XIXe siècles. - Besançon : Faculté des Lettres de Besançon, 1968. Mémoire de maîtrise d’Histoire.
  • Recensement des usines comtoises en 1744, 1961
    Recensement des usines comtoises en 1744. In : Revue d’histoire de la sidérurgie, t.2, 1961, p. 275
  • Statistique de la France : Industrie / publiée par le Ministère de l'agriculture et du commerce. - Paris : Imprimerie royale, 1847-1852.
    Statistique de la France : Industrie / publiée par le Ministère de l'agriculture et du commerce. - Paris : Imprimerie royale, 1847-1852.

Informations complémentaires

Thématiques :
  • patrimoine industriel du Doubs
Aire d’étude et canton : Vallées, plateaux et montagnes du Doubs
Hydrographie : dérivation de la Loue
Dénomination : usine de transformation des métaux, tréfilerie
Parties constituantes non étudiées :
  • atelier de fabrication
  • logement d'ouvriers
  • barrage
  • bâtiment d'eau
  • écurie
  • remise
  • bief de dérivation
  • boulangerie
  • infirmerie
  • conciergerie
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