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CHÂTEAU

21 - Dijon

boulevard de Brosses, place Grangier

  • Dossier IA21005973 réalisé en 2025
  • Auteur(s) : Guillaume Gézolme
porte de ville château fort © Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon

Historique


Dès le 9 janvier 1477, soit quatre jours après la mort de Charles le Téméraire, Louis XI revendique le rattachement de la Bourgogne au royaume arguant qu'elle est un apanage français. Le duché de Bourgogne est envahi par les soldats royaux menés par Charles d'Amboise, futur gouverneur du territoire. Le roi adresse aux habitants de Dijon des lettres patentes "pour les inviter à reconnaître son autorité". Le 5 juin, par l'entremise de son gouverneur, il fait part au maire de Dijon, Etienne Barbisey, sa volonté de construire un château dans sa cité. L'objectif de Louis XI est "de se défendre contre la population autant que les protéger". L'édification de ce château, comme ceux d'Auxonne et de Beaune, a pour dessein d'assoir le pouvoir du roi sur la province. En avril 1478, des révoltes éclatent dans les pays de l'Auxois, du Beaunois et du Châtillonnais. Cette vague de protestation prend racine par la levée sur chaque feu des bailliages de la province d'un impôt qui servira à financer la construction du château. Implanté au nord de la cité sur un point haut, le chantier commence en 1478 par les travaux de terrassement des deux tours tournées vers la ville. Nommées Saint-Bénigne et Notre-Dame, elles sont achevées en 1481, reliées par une courtine et protégées par un ouvrage avancé en forme de fer à cheval. Le front nord est aussi défendu par un autre boulevard (rempart), provisoire selon Nicolas Faucherre. A la mort de Louis XI en 1483, le château est toujours en travaux. Le chantier avance lentement dans un contexte national marqué par l'arrivée de Charles VIII au pouvoir et dans un royaume, gouverné par Anne de France, en guerre contre de grands seigneurs féodaux soutenus notamment par Maximilien d'Autriche. En 1487, la porterie est terminée côté ville et dès 1489 débutent les terrassements des futures tours vers la campagne. De 1491 à 1496, les registres des comptes de Jean Saumaire, receveur du roi au bailliage de Dijon, permettent de suivre avec précision l’avancée du chantier. En 1493, le front nord est bien avancé, les tours Guillaume et Saint-Martin quasiment achevées. Les travaux sont interrompus par la peste en 1494 mais reprennent l'année suivante avec les talus des contrescarpes et le creusement des fossés. Les fondations du futur grand boulevard tourné vers la campagne sont entamées. En parallèle, deux grands bâtiments de casernement sont édifiés dans la cour du fort. Le règne de Louis XII, à partir de 1498, consacre l’achèvement en 1510 de cet énorme chantier, avec l'érection du grand boulevard, la couverture des tours de ce front, la porte de secours, le logis du gouverneur plus la chapelle au sein de l'édifice. En 1513, Dijon est assiégée par les Suisses mais le château est épargné. Après le sac de la cité, il est décidé de renforcer l’enceinte dans laquelle la forteresse est intégrée. Le château devient ensuite obsolète et faute d’entretien, subit de fortes dégradations notamment lors des guerres de Religion. En 1593, l’artillerie française pilonne la citadelle sous les ordres de l'amiral Biron. Après sa prise, ce dernier fait réparer les brèches causées par les canons français. En 1620, on supprime les couvertures des tours et on les abaisse d'un étage pour aménager des plateformes pouvant supporter des pièces d’artillerie. Le dernier fait de guerre a lieu durant la Fronde, lorsque le château est aux mains de partisans ralliés au Grand Condé (cousin du jeune roi Louis XIV). Cet épisode et l’annexion de la Franche-Comté en 1674 mettent fin au statut de place forte frontalière. La forteresse est transformée en prison d’État. Son occupation au 18e siècle par des invalides permet la restauration d'une partie des bâtiment intérieurs (casernes, chapelle et logement du gouverneur). En octobre 1789, la Ville demande au roi la concession du château, puis un an plus tard sa destruction. L’édifice sert à nouveau de geôle lors de la Révolution, puis il devient une caserne de gendarmerie. Au 19e siècle, le château est progressivement démantelé malgré l’action de personnalités qui tentent de le préserver en le protégeant au titre des Monuments historiques. En 1870, la mairie entérine sa destruction définitive. Il est finalement classé en 1876 et un projet de restauration de Charles Suisse est dressé la même année. Mais face aux projets urbains de la Ville, il est déclassé en 1887 et rasé en 1897. Sa démolition permet l'ouverture du boulevard de Brosses et le début des travaux de l'hôtel de la Poste.
Période(s)
Principale :
  • 4e quart 15e siècle
  • 1er quart 16e siècle
Auteur(s) & personnalité(s)

Nourissier, jehan. Maitre des œuvres de maçonnerie du roi en Bourgogne, il participe à la construction du château de Dijon vers 1490.

Description


Bâti à cheval sur le rempart de l’enceinte médiévale à proximité de la porte Guillaume, le château avait la forme d'un quadrilatère irrégulier de 80 m de côté, entouré par un fossé sec (30 m de large) et doté de quatre tours d'angle, celles côté ville (Saint-Bénigne et Notre-Dame) construites dans un premier temps avant celles tournées vers la campagne (Guillaume et Saint-Martin). De forme circulaire, elles étaient suffisamment engagées pour assurer leur flanquement. Deux boulevards, en forme de fer à cheval, ont été érigés, un vers la ville et l'autre vers la campagne. Comme celui d'Auxonne, le château était pourvu d'une porte d'entrée principale et d'une seconde dite de secours. Cette forteresse avait une fonction défensive. Courtines, tours et boulevards sont percés d’embrasures "à la française" pour recevoir des pièces d’artillerie. Tous ces ouvrages étaient équipés de galeries d’escarpe (ou de contremine), en réponse aux progrès de l'artillerie et pour assurer les communications entre les tours, boulevards, et remparts sans être vu, pour faire feu dans le fossé grâce à de multiples meurtrières et d'être prévenu en cas d’attaque à la mine.
Murs :
  • calcaire
  • pierre de taille
  • bossage
État de conservation :
  • détruit

Source(s) documentaire(s)

  • Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon. Série B - Cours et juridictions. - Parlements. - Bailliages et autres juridictions secondaires. - Cour des Comptes. - Cour des Aides. - Cour des Monnaies. (639-[1830]).
    Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon. Série B - Cours et juridictions. - Parlements. - Bailliages et autres juridictions secondaires. - Cour des Comptes. - Cour des Aides. - Cour des Monnaies. (639-[1830]).
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : série B
  • Plan du château de Dijon relatif au projet de 1731.
    Plan du château de Dijon relatif au projet de 1731. Dessin (plume, lavis), par Daumont. 2 novembre 1730.
    Lieu de conservation : Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Vincennes - Cote du document : 1 VH 691
  • Le château de Dijon. S.d.
    Le château de Dijon. Dessin, s.n. S.d. 17,5 x 23,5 cm.
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 2 Fi 42 - Vue 2/2
  • Dijon - le Châteaux (gendarmerie). S.d. [1er quart 20e siècle].
    Dijon - le Châteaux (gendarmerie). Carte postale, s.n. S.d. [1er quart 20e siècle].
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 9 Fi 21231-758
  • 67 Musée de Dijon. - JEANNIOT (A). - Entrée du Château de Dijon (XVe s). ND. S.d.
    67 Musée de Dijon. - JEANNIOT (A). - Entrée du Château de Dijon (XVe s). ND. Carte postale, s.n [Jeanniot]. S.d.
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 9 Fi 21231-377
  • Musée de Dijon. - Jeanniot (A). Château de Dijon, Tour Guillaume (XVe siècle). S.d.
    Musée de Dijon. - Jeanniot (A). Château de Dijon, Tour Guillaume (XVe siècle). Carte postale, s.n. S.d
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 9 Fi 21231-834
  • Le château des gendarmes. S.d.
    Le château des gendarmes. Carte postale, par L. Bourge. S.d.
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 7 Fi 9 (vue 1/1)
  • Vue du château de Dijon : la tour Guillaume. 1861.
    Vue du château de Dijon : la tour Guillaume. Tableau, par Pierre-Alexandre Jeanniot. 1861.
    Lieu de conservation : Musée des Beaux-Arts, Dijon
  • Entrée du château de Dijon. 1861.
    Entrée du château de Dijon. Tableau, par Pierre-Alexandre Jeanniot. 1861.
    Lieu de conservation : Musée des Beaux-Arts, Dijon
  • Vue du château de Dijon : la porte de secours. 1861.
    Vue du château de Dijon : la porte de secours. Tableau, par Pierre-Alexandre Jeanniot. 1861.
    Lieu de conservation : Musée des Beaux-Arts, Dijon
  • Démolition du château. S.d. [1890-1897].
    Démolition du château. Photographie, s.n. S.d. [1890-1897].
    Lieu de conservation : Archives départementales de la Côte-d'Or, Dijon - Cote du document : 11 Fi 24/7 - Vue 1/1
  • Faucherre, Nicolas. Les citadelles du roi de France sous Charles VII et Louis XI. 2019.
    Faucherre, Nicolas. Les citadelles du roi de France sous Charles VII et Louis XI. Centre de Castellologie, 2019.
  • Gaëtan, Loïc (dir). Les anciennes promenades du rempart Saint-Nicolas à Dijon (Côte-d'Or). 2023.
    Gaëtan, Loïc (dir). Les anciennes promenades du rempart Saint-Nicolas à Dijon (Côte-d'Or). Rapport de fouille de l’Institut national de recherches préventives, octobre 2023.
  • Gallet, Germain ; Santiago Lorrela ; Santiago, Maxime. Les modéligraphies de Germain Gallet : Dijon, renaissance de ses monuments disparus. 2020.
    Gallet, Germain ; Santiago Lorrela ; Santiago, Maxime. Les modéligraphies de Germain Gallet : Dijon, renaissance de ses monuments disparus. Dijon : Lorella Santiago et Maxime Santiago. 2020.
  • Grandjean, Estelle. Le château de Dijon : de la forteresse royale au château des gendarmes, 1688-1802. 2007.
    Grandjean, Estelle. Le château de Dijon : de la forteresse royale au château des gendarmes, 1688-1802. Précy-sous-Thil : Ed. de l'Armançon. Neuilly-lès-Dijon : Ed. du Murmure, 2007.
  • Jannet, Monique (dir.) ; Joubert, Fabienne (dir.). Sculpture médiévale en Bourgogne, collection lapidaire du Musée archéologique de Dijon. 2000.
    Jannet, Monique (dir.) ; Joubert, Fabienne (dir.). Sculpture médiévale en Bourgogne, collection lapidaire du Musée archéologique de Dijon. - Dijon : Éditions Universitaires de Dijon. 2000.
  • Suisse, Charles. Architecture militaire bourguignonne. Restauration du Château de Dijon. 1876.
    Suisse, Charles. Architecture militaire bourguignonne. Restauration du Château de Dijon. Paris : Vie A. Morel et Cie. ed, 1876.

Informations complémentaires

Thématiques :
  • fortifications royales et nationales en Bourgogne-Franche-Comté
Aire d’étude et canton : Bourgogne-Franche-Comté
Dénomination : château fort, forteresse
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