PLACE FORTE DES ROUSSES
39 - Les Rousses
- Dossier IA39002072 réalisé en 2024 revu en 2026
- Auteur(s) : Guillaume Gézolme
Historique
Le secteur des Rousses est situé dans un carrefour stratégique, à la croisée de trois itinéraires possibles pour un envahisseur : au nord par le mont Risoux, au centre par le col des Rousses et au sud par celui de la Faucille. Son importance militaire, évoquée dès 1779 par le général d'Arçon, est confirmée par Bonaparte le 8 mai 1800 lorsqu’il fait chemin vers l'Italie. Le futur empereur fait construire une route reliant Martigny à la Lombardie, appelée route de Milan. Achevée en 1806, cette voie permet à l'armée impériale de rejoindre rapidement la péninsule italienne. Le 1er janvier 1814, l’armée autrichienne entre en France au niveau des Rousses en utilisant la route de Milan. Fin 1814, le Jura est identifié par le général Haxo comme le point faible de la frontière est du pays. En 1815, face à la menace d'invasion des armées autrichiennes, le colonel Christin reçoit l'ordre, le 22 mai, de fortifier les Rousses. Dès juin, des ouvriers travaillent à l'édification de cinq redoutes, la plus importante est celle située au sud-est de l'église : Grande Redoute. En forme de bastion avec fossés creusés dans le roc et armée de trois canons, elle peut abriter 190 soldats. Les autres redoutes sont des ouvrages modestes élevés en terre et dans la hâte (33 jours). Une de celles-ci est positionnée au Cernois (au niveau du fort des Rousses). L'attaque a lieu le 2 juillet 1815 : 500 soldats français résistent aux 12 000 Autrichiens. Visible sur le cadastre napoléonien de 1822, la Grande Redoute est aujourd'hui démolie. Le seul témoignage de cette bataille est le monument aux morts au cimetière de Morez. L'année suivante, la construction d'un fort aux Rousses est décidée par le général Haxo, ciblant la défense des cols de Saint-Cergues et de la Faucille. Il faut attendre près de 20 ans pour que la commission de Défense décide de fortifier le secteur des Rousses. Les travaux de reconnaissance topographique sont confiés au service du Génie, rattaché à la direction du bureau basée à Besançon. En 1840, l'objectif est d'implanter une petite place forte de dépôt qui servirait à approvisionner le front est du territoire. Rapidement, ce projet est abandonné pour celui d'une forteresse composée de cinq à six fronts et de quelques ouvrages détachés (qui ne seront pas réalisés faute de crédits suffisants). Le fort serait placé sur un contrefort rocheux (lieu-dit le Cernois) ayant pour avantage de commander les communications venant de Suisse (au niveau du village), ainsi que le contrôle du défilé de Morez. A ce fort serait ajouté un "fortin" au Risoux ainsi que trois autres édifices isolés : le premier à l’emplacement de la grande redoute, le second qui serait un mur de pierres sèches situé le long du cimetière et de l'église et enfin le troisième, une lunette avec fossés taillés dans le roc sur la partie la plus saillante du mamelon allongé entre les Rousses et le Risoux. Ces propositions sont faites par le capitaine du Génie Bichot dans deux mémoires remis les 30 novembre et 7 décembre 1841. Finalement, ce projet, trop ambitieux, est rejeté par la direction de Besançon pour un autre établi par le commandant Boutault, qui aura pour principal mérite de ne pas dépasser l’enveloppe financière attribuée soit 5 000 000 francs. En 1843, les travaux débutent au fort des Rousses qui dureront 20 ans. Le projet initial est revu à la baisse, notamment à cause du surcoût lié au renforcement des murs d'escarpes. La forteresse est achevée vers 1862. Dans les années 1850, plusieurs mémoires du Génie préconisaient l'installation d'un fortin au col de la Faucille, qui aurait eu le double avantage de protéger le pays de Gex et de rapprocher le fort de l’Écluse (Ain) de la place forte des Rousses. Les réserves à ces projets sont émises par des généraux, reprochant à la place d’être mal positionnée tant pour "l'offensive que la défensive". En 1857, un rapport du capitaine Sautier rappelle l'importance de construire ce fortin au col de la Faucille plus un autre au Risoux, ainsi qu’un fort aux cressonnières (à côté de la Cure). Vers 1868, une redoute est édifiée au lieu-dit le Rochat afin de contrôler la route du Noirmont et du Risoux (aujourd'hui disparue). En 1883, le Risoux se voit (enfin) doté d'un ouvrage fortifié. Ce fort d'arrêt, pouvant loger près de 400 hommes, a pour objectif d'empêcher une invasion par la Suisse et la vallée de Joux. Mais rapidement, son utilité est remise en cause ce qui entraine son déclassement en 1892. Le fort des Rousses, peu actif lors de la guerre de 1870 (un hôpital y fut installé), ne joue aucun rôle lors des deux conflits mondiaux au 20e siècle. L'armée allemande l'occupe en 1940. Après la guerre, il sert à la formation et à l’entrainement de militaires français. En 1997, le fort des Rousses est cédé par l'Armée (après la suppression du service militaire obligatoire) à une entreprise spécialisée dans la fabrication et l'affinage de fromages. Une société de loisirs a aménagé une partie des fossés en parcours d'accrobranche ; cette diversification d'activités sportives remonte dès 1942 et la construction du premier tremplin à ski. En 2024, la commune a voté une délibération pour la restauration des remparts du fort et l’aménagement de la demi-lune.
Période(s)
Principale :
- 19e siècle
Description
Intégrée au système défensif de la frontière (le "rideau du Jura"), la place forte des Rousses comprend plusieurs sites fortifiés dont certains ont disparu ou ont été démolis. L'emplacement de la Grande Redoute, ouvrage fortifié isolé, est encore visible (élévation qui s'apparente aujourd’hui à une motte de terre recouverte de végétations) et les fossés sont encore présents. Le fort du Risoux se situe au mont éponyme. Juché à 1 273 mètres d'altitude, il est inséré dans une forêt dense. Enterré à l'instar des forts dits Séré de Rivières, il a une forme polygonale et il est bordé de fossés défendus par des caponnières. A l'intérieur, il comporte des bâtiments de casernement entièrement casematés et des organes de circulation couverts. Chaque batterie est dotée de traverses-abris. Le fort des Rousses, second plus grand ouvrage de France après le site du mont Valérien, est un édifice de type bastionné. L'enceinte, longue de plus de 3 km, a une emprise de 21 hectares. Le rempart, taillé dans le roc, est renforcé par de larges arcs de décharge. L'entrée principale est la porte de Suisse ; son long passage voûté permet d'accéder à la cour d'honneur. Une seconde porte, celle de France, protégée par une tenaille, se situe au front nord-ouest. La place d'armes est encadrée par plusieurs bâtiments : le cavalier adossé à la courtine d'entrée et deux casernes, ainsi que des ouvrages contemporains liés à la fabrication et l'affinage de fromages sur le site.
Murs :
- calcaire
- calcaire
- pierre de taille
- moellon
- pan de béton armé
Plan :
- système bastionné
Etages :
- 1 étage carré
Couvrement :
- voûte en berceau
Elévation :
- élévation ordonnancée
Escalier :
- escalier intérieur,
État de conservation :
- vestiges, mauvais état
Source(s) documentaire(s)
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Carte de la position des Rousses. 1841.
Carte de la position des Rousses. Dessin (plume, lavis), par Bichot. 1841. 1/10 000.Lieu de conservation : Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Vincennes - Cote du document : 1 VH 1594 -
Projet général d'occupation des Rousses. 1842.
Projet général d'occupation des Rousses. Dessin (plume, lavis), par Boutault. 18 juillet 1842. 1/3 000.Lieu de conservation : Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Vincennes - Cote du document : 1 VH 1594 -
Place des Rousses : projet général d'occupation de la position des Rousses. 1842.
Place des Rousses : projet général d'occupation de la position des Rousses. Dessin (plume, lavis), par Boutault. 1842. 1/500.Lieu de conservation : Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Vincennes - Cote du document : 1 VH 1594
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[Exposition. Besançon. 1980]. Vauban et ses successeurs en Franche-Comté : trois siècles d'architecture militaire : exposition. Besançon, 1980.
[Exposition. Besançon. 1980]. Vauban et ses successeurs en Franche-Comté : trois siècles d'architecture militaire : l'environnement et la Direction régionale des affaires culturelles de Franche-Comté. Besançon : Délégation régionale à l'architecture et à l'environnement, 1981. 248 p. : ill. ; 30 cm. -
Faucherre, Nicolas ; Monsaingeon, Guillaume ; Roux Antoine de. Les plans en relief des places du Roy. 2007.
Faucherre, Nicolas ; Monsaingeon, Guillaume ; Roux Antoine de. Les plans en relief des places du Roy. -Paris : Ed. du patrimoine A. Biro, 2007. -
Gallois, Delphine ; Desprez, Alain ; Boutéraon, Elizabeth. Le fort des Rousses. 2019.
Gallois, Delphine ; Desprez, Alain ; Boutéraon, Elizabeth. Le fort des Rousses. Les Rousses : mairie des Rousses (éd), 2019. 94 p. : ill. -
Le Hallé, Guy. Histoire des fortifications en Franche-Comté et pays de l'Ain. 1991.
Le Hallé, Guy. Histoire des fortifications en Franche-Comté et pays de l'Ain. Amiens : Martelle, 1991. 223 p. -
Malchair, Luc ; Frinjs, Marco ; Moulin, Jean-Jacques ; Puelinckx, Jean. Index de la fortification française 1874-1914. 2008.
Malchair, Luc ; Frinjs, Marco ; Moulin, Jean-Jacques ; Puelinckx, Jean. Index de la fortification française 1874-1914. Liège : Autoédition, 2008. -
Truttmann, Philippe. La barrière de fer : l'architecture des forts du général Séré de Rivières (1872-1914). 2017.
Truttmann, Philippe. La barrière de fer : l'architecture des forts du général Séré de Rivières (1872-1914). Nouv. éd. - Thionville : G. Klopp, 2017 (1ère édition en 2000).
À voir
Informations complémentaires
Thématiques :
- fortifications royales et nationales en Bourgogne-Franche-Comté
Aire d’étude et canton :
Bourgogne-Franche-Comté
Dénomination :
place forte
Parties constituantes non étudiées :
- redoute
- caserne
- © Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
