LES DÉCORS DE THÉÂTRE (DÉCORS SCÉNIQUES)
71 - Louhans
- Situé dans : Théâtre municipal
- Dossier IM71004974 réalisé en 2025
- Auteur(s) : Laurent Poupard
Présentation
Pour l’aménagement technique de la scène et la décoration, Lamirand consulte dès 1928 les Ateliers Besquet, « décors et machinerie pour théâtres et music-halls », installés au 30 bis boulevard Eugène Réguillon à Villeurbanne (par la suite au n° 108). Peintre décorateur et scénographe, Maurice Besquet est un ancien chef d’atelier de la Maison Bardey (de Lyon), établi à son compte en 1906. Le 12 décembre 1928, il se dit prêt à venir à Louhans pour examiner les transformations à apporter au théâtre. Le 25 janvier 1929, il accuse réception des mesures du local, lui permettant d’établir « pour l’installation et la fourniture des décors » deux projets, qu’il envoie le 19 février suivant. La volte-face en novembre 1931 du conseil municipal qui réduit drastiquement les crédits stoppe bien évidemment tout mais Lamirand se tourne de nouveau vers lui lorsque le projet redémarre. Le 22 octobre 1934, il lui écrit que le devis est adopté en principe mais que le conseil « serait très désireux de pouvoir confier les travaux de peinture des décors à un artiste régional très avantageusement connu ». A un courrier de Besquet lui demandant s’il est « définitivement écarté de cette affaire », l’architecte répond : « Il n'est pas du tout dans l'intention de la municipalité de vous écarter de cette affaire, au contraire. Après l'entrevue que j'ai eue avec le décorateur, je vous ai réservé les décors « Salon », Riche et Bourgeois. Ils seront donc exécutés par vos soins. Vous voudrez bien, en conséquence, me faire parvenir quelques maquettes pour ces deux décors, ainsi qu'un croquis de l'ensemble du rideau et du manteau d'arlequin. » L’artiste régional qui apparaît subitement est Honoré Hugrel (1880-1944), conservateur du musée des Ursulines de Mâcon depuis 1928, recommandé le 26 juin 1934 par un compatriote, Bouchard : « Outre que c’est un artiste intéressant qui a besoin qu’on l’aide à élever et à caser ses deux enfants, il a tous les titres voulus pour remplir et mener à bien toute commande de ce genre. Au reste, voici les références que je puis vous donner sur lui : Honoré Hugrel : artiste peintre - décorateur - Rue Lamartine à Mâcon - Médaille d’argent aux Artistes français, Prix Rosa Bonheur à Paris Hors concours - Membre du Jury - Médaille d’honneur à Lyon. A fait les décors des théâtres d’Annonay - de l’Alhambra d’Orléans - du théâtre de Mâcon - de la salle Marivaux de Villefranche et les décors de toutes les revues annuelles de Mâcon, ces décors variant de 500 m2 à 2.000 m2 et en plus élève de Jacques Roucher directeur de l’Opéra de Paris ». Le 9 août, Lamirand l’avait convié à Louhans et dès le 14, Hugrel lui envoyait une liste des décors scénique souhaitables : Place publique, Forêt, Palais, Jardin-Parc, Marine, Montagne, Prison-Eglise, Village (ces huit avec rideaux de fond), Salon riche Louis XIV, Rustique, Chambre et Salon simple, aux prix de 30 F/m2 les décors simples, 35 F ceux d’architecture et 40 F pour les salons (avec cette précision : « La menuiserie est comptée en plus »).
Besquet et Hugrel soumettent à la municipalité les maquettes de leurs décors, exposées au public le 27 novembre 1934. L’une des questions techniques se résout à cette époque : les décors seront organisés en deux plans seulement et non trois du fait des dimensions de la scène (insuffisamment profonde) et pour des raisons d’éclairage (avec trois plans, il faudrait ajouter une herse et deux portants de plus). Le 12 décembre, Hugrel précise les dimensions définitives des « coulisses » (châssis latéraux) : chacune mesure 4,60 m de haut sur 1,60 m de large, auquel s’ajoutent les 25 cm du découpage de forme. Il ajoute : « Ma toile est prête, je compte commencer lundi prochain, j'ai tous les calques, mais je préférerais avoir les maquettes afin de commencer dans de bonnes conditions. Voulez-vous être assez aimable pour me les faire parvenir. » Dans sa réponse, le 15, Lamirand décide : « En ce qui concerne les coulisses, il sera préférable de ne les peindre que d'un seul côté, il faudra des châssis supplémentaires, mais vu leur grande dimension il est sage de faire ainsi. Le maniement sera plus aisé et nous conserverons nos décors plus longtemps en bon état. De plus, comme vous avez un menuisier qui a l'habitude d'établir vos châssis, veuillez donc lui faire monter les nôtres, vous pourrez ainsi peindre les toiles une fois posées sur ces châssis et faire sur place toutes les retouches utiles. Faites-lui donc également préparer les perches des rideaux. » Hugrel signale le 16 janvier 1935 avoir réalisé 150 m2 de décor environ et le 27 janvier : « Les quatre rideaux de fond sont terminés, je les crois d’un assez heureux effet. Huit coulisses sont peintes. Il me reste donc à exécuter six frises et huit coulisses. » Bien que le marché de gré à gré ne soit signé avec le maire Bertrand Thibert que le 1er mars, son travail (Place publique, Forêt-Jardin, Rustique plein-air, Prison-Eglise) est achevé dès la fin février. Le 13 avril, il manifeste le désir d’être présent lors du déballage : « Les décors roulés depuis longtemps me donnent un peu d’inquiétude notamment la forêt roulée sur une perche en bois pas très sec. Je crains bien d’être obligé de retoucher sur place. »
Le 15 janvier 1935, Lamirand avait envoyé ses consignes à Besquet : « le rideau d’avant-scène sera bleu foncé avec bandeau et frange argent ». Le décorateur signale le 17 février que les équipes sont prêtes, le rideau d’avant-scène et le manteau d’arlequin confectionnés, que « le décor salon construit et entoilé n’a plus qu’à être peint » mais qu’il attend des précisions au sujet des bandeaux à peindre sur le rideau. L’architecte lui envoie le 19 le plan du proscénium et des « deux décors salon que vous pouvez mettre en chantier » puis le 4 mars les croquis des bandeaux. Il précise que l’aménagement du gril doit comprendre le mécanisme pour la manœuvre de trois rideaux de fond (actuellement deux seulement sont prévus, soit quatre décors) et six frises (au lieu de quatre) ; la pose est souhaitée pour la fin du mois. Là encore, le marché de gré à gré arrive tardivement, le 20 mai. Signé par le nouveau maire, Théodore Olivain, il concerne un rideau d’avant-scène en velours, le manteau d’arlequin, une équipe de trois fonds et une de trois frises, les deux décors scéniques de salon, l’équipe du plateau de scène, huit mâts à cassettes, les herses, rampes et portants, etc. Tout est prêt pour l'inauguration du théâtre le 5 mai 1936.
D'autres décors, de plus ou moins bonne facture, ont pu être réalisés par la suite. Les conditions de stockage (contre un mur dans la coulisse côté jardin) n'ont pas permis lors de l'étude de voir et photographier tous les châssis (seuls sont d'Hugrel ont été photographiés) ni de déplier les rideaux de fond (ceux montrant la Place publique, la Forêt - jardin et la Prison - église sont reproduits dans le catalogue des Musées de Mâcon consacré en 2015 à Hugrel).
Historique
A son inauguration le 5 mai 1936, le théâtre est doté de six décors scéniques, exécutés durant l'hiver 1934-1935. Pour son premier projet, l'architecte voyer Georges Lamirand avait en 1928 consulté Maurice Besquet, peintre décorateur et scénographe à Villeurbanne (30 bis boulevard Eugène Réguillon), établi à son compte en 1906 après avoir été chef d'atelier de la maison Bardey (Lyon). Il fait de nouveau appel à lui pour le deuxième projet mais le conseil municipal souhaite confier la réalisation d'une partie des décors scéniques à "un artiste régional très avantageusement connu" : Honoré Hugrel (1880-1944), conservateur du musée des Ursulines de Mâcon. Intervenu dans les théâtres d'Annonay et de Mâcon, à l'Alhambra d'Orléans et à la salle Marivaux de Villefranche-sur-Saône, Hugrel envoie le 14 août 1934 une liste des décors souhaitables (au prix de 30 à 40 F le m2) : Place publique, Forêt, Palais, Jardin - parc, Marine, Montagne, Prison - église, Village, Salon riche Louis XIV, Rustique, Chambre et Salon simple. Lamirand lui attribue quatre décors (Place publique, Forêt - jardin, Rustique plein-air et Prison - église) et en confie deux (Salon riche et Salon Bourgeois) à Besquet, outre la machinerie et les rideaux. Les maquettes sont exposées au public le 27 novembre 1934 et les toiles achevées en février-mars 1935. D'autres décors, de plus ou moins bonne facture, ont pu être réalisés par la suite. Les conditions de stockage (contre un mur dans la coulisse côté jardin) n'ont pas permis de voir tous les châssis (seuls sont d'Hugrel ont été photographiés) ni de déplier les rideaux de fond (ceux montrant la Place publique, la Forêt - jardin et la Prison - église sont reproduits dans le catalogue des Musées de Mâcon consacré en 2015 à Hugrel).
- 2e quart 20e siècle
Besquet, Maurice. Peintre décorateur et scénographe. Travaille pour le peintre décorateur Louis Bardey puis s'installe à son compte en 1906 en créant les Ateliers Besquet, "décors et machinerie pour théâtres et music-halls", à Villeurbanne (30 bis puis 108 boulevard Eugène Réguillon).
Date de naissance : 14/06/1880 - date de décès : 13/02/1944
Hugrel, Claude Honoré (1880-1944). Peintre paysagiste et animalier. Elève du peintre décorateur Hippolyte Perrin puis de Georges Duhain. Auteur de fonds et décors pour photographes, des décors des théâtres d'Annonay et Mâcon, de l'Alhambra d'Orléans et de la salle Marivaux de Villefranche-sur-Saône, des décors des revues annuelles de Mâcon, etc. Nommé conservateur du musée des Ursulines de Mâcon en 1928. S'établit en 1922 au 24 rue Lamartine à Mâcon.
Description
Les quatre décors d'Hugrel associent chacun quatre châssis (deux côté jardin et deux côté cour), sensiblement de la même dimension. Un châssis, réalisé en liteaux de 25 mm d'épaisseur, est formé de deux montants verticaux et de cinq traverses horizontales, assemblés par tenon et mortaise, avec si besoin des écharpes dans les angles. Les découpes de forme sont en contreplaqué de 2 à 3 mm d'épaisseur. Peintes à la détrempe (à la colle ?), les toiles (en un seul élément) sont clouées sur les châssis à l'aide de semences de tapissier ou de petites pointes.
- menuiserie
- peinture
- sapin, en plusieurs éléments, châssis
- toile, en un seul élément (?), détrempe à la colle
Dimensions (en cm) : h = 459 à 461, la avec la découpe de forme = 169 à 204 (la du châssis seul = 160 à 161), pr = 2,5.
Les décors présentent une place publique, une forêt (ou un jardin), une cour ("Rustique plein-air") et une architecture évoquant une prison ou une église.- place
- forêt
- ferme
- église
- prison
Inscription peinte (sur la toile) sur un montant de chaque châssis : indication du plan (1er ou 2e), du côté (jardin ou cour) et, pas systématiquement, du type de décor.- inscription, sur l'oeuvre, peint
- oeuvre tachée, salissure, altération de l'épaisseur de la matière
- Toutes les toiles présentent des traces de coulures, des salissures et des lacunes dans la couche picturale (traces de choc, d'usure, etc.). Certaines sont déchirées.
Source(s) documentaire(s)
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Archives municipales de Louhans : 4 M 21 Théâtre, restauration : projets non aboutis, nouveaux projets, plans, adjudication, correspondance, décomptes des travaux. 1929-1936.
Archives municipales de Louhans : 4 M 21 Théâtre, restauration : projets non aboutis, nouveaux projets, plans, adjudication, correspondance, décomptes des travaux. 1929-1936. (Ancienne cote : 4 M 30)Lieu de conservation : Archives municipales, Louhans - Cote du document : 4 M 21
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[Croquis d'un châssis avec ses dimensions]. 12 décembre 1934.
[Croquis d'un châssis avec ses dimensions]. Dessin (plume), par Honoré Hugrel. 12 décembre 1934. Sans échelle. Croquis réalisé au verso d'une lettre destinée à Georges Lamirand.Lieu de conservation : Archives municipales, Louhans - Cote du document : 4 M 21
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Buguet, Alexis ; Vincerot Bessonnard, Valentin. Histoire du théâtre. S.d. [juin 2025].
Buguet, Alexis ; Vincerot Bessonnard, Valentin. Histoire du théâtre. S.l. [Louhans], s.d. [juin 2025]. [16] p. : ill. ; 30 cm. -
[Exposition. Mâcon, Musée des Ursulines. 19 mai-30 août 2015]. Honoré Hugrel, peintre et conservateur. 2015.
[Exposition. Mâcon, Musée des Ursulines. 19 mai-30 août 2015]. Honoré Hugrel, peintre et conservateur / réd. Marie Lapalus et Benoît Mahuet. [Mâcon] : Musées de Mâcon, 2015. 111 p. : ill. ; 30 cm.
À voir
Informations complémentaires
Les dimensions sont données hors tout en cm ; la largeur du châssis seul, sans la découpe de forme, est précisée entre parenthèses. Montants et traverses sont en sapin, épais de 2,5 cm et assemblés par tenon et mortaise (assemblage renforcé par une cheville ou une pointe). Les découpes de forme sont en contre-plaque de 2 à 3 mm d’épaisseur.
La toile est fixée par des semences de tapissier ou de petites pointes. Toutes les toiles présentent des traces de coulures, des salissures et des lacunes dans la couche picturale (traces de choc, d’usure, etc.). Certaines sont déchirées.
Place publique
Châssis 1er plan côté jardin
Dimensions : h = 459, la = 183 (161 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - J - PLACE PUBLIQUE -
Châssis 1er plan côté cour
Dimensions : h = 460, la = 169 (160 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - COUR - PLACE PUBLIQUE -
Châssis 2e plan côté jardin
Dimensions : h = 459, la = 184 (161 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - J - PLACE PUBLIQUE -
Châssis 2e plan côté cour
Dimensions : h = 460, la = 190 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - PLACE PUBLIQUE -
Forêt - jardin
Châssis du 1er plan, côté jardin
Dimensions : h = 461, la = 201 (160 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Jardin -
Etat : traces d’usure à l’endroit de montants, toile perforée (en bas à gauche), déclouée (en bas à droite)
Châssis du 1er plan, côté cour
Dimensions : h = 460, la = 204 (160 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Cour -
Etat : traces d’usure à l’endroit des montants, toile perforée (en bas), déclouée (sur les côtés gauche et droit en bas)
Châssis du 2e plan, côté jardin
Dimensions : h = 460, la = 200 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Jardin -
Etat : traces d’usure à l’endroit de montants
Châssis du 2e plan, côté cour
Dimensions : h = 459, la = 201 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Cour -
Etat : traces d’usure à l’endroit des montants, toile perforée (en haut)
Rustique plein-air
Châssis du 1er plan, côté jardin
Dimensions : h = 460, la = 188 (161 pour le châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Jardin
Châssis du 1er plan, côté cour
Dimensions : h = 460, la = 188 (161 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Cour -
Châssis du 2e plan, côté jardin
Dimensions : h = 460, la = 194 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Jardin
Châssis du 2e plan, côté cour
Dimensions : h = 460, la = 188 (161 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Cour -
Prison - église
Châssis du 1er plan, côté jardin
Dimensions : h = 461, la = 190 (160 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Jin - PRISON -
Etat : toile perforée et déclouée (en bas)
Châssis du 1er plan, côté cour
Dimensions : h = 461, la = 192 (160 châssis seul)
Inscription : 1er PLAN - Cour - PRISON -
Etat : traces d’usure à l’endroit des montants, toile perforée (en bas à droite)
Châssis du 2e plan, côté jardin
Dimensions : h = 461, la = 190 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Jin - PRISON -
Etat : toile perforée (en bas à droite)
Châssis du 2e plan, côté cour
Dimensions : h = 461, la = 191 (160 châssis seul)
Inscription : 2e PLAN - Cour - PRISON -
Etat : traces d’usure à l’endroit des montants, toile perforée (en bas à gauche)
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