Télécharger la version PDF

USINE DE TRANSFORMATION DES MÉTAUX, DITE FORGES DE GOUILLE, PUIS CENTRALE HYDROÉLECTRIQUE

25 - Beure

rue Paul Dubourg

  • Dossier IA25001664 réalisé en 2016 revu en 2017
  • Auteur(s) : Raphaël Favereaux
Conciergerie et logement patronal vus depuis le parc. © Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine

Historique


Un établissement hydraulique est attesté sur la rive gauche du Doubs, au lieu-dit Gouille, au milieu du 15e siècle. Le moulin est acensé à un dénommé Outhenin, de Besançon, en 1441. Un martinet, travaillant le fer et le cuivre, est mentionné en 1744 : il produit des fers en bandes et des cuirasses. Un état de 1772 précise que le martinet est exploité par Joseph Roy et ne fabrique plus que des articles en cuivre (quincaillerie, cuirasses, pots en tôle, ustensiles de guerre), environ 5000 kg par an. Eugène Roy est propriétaire du site à la Révolution française. En 1824, les propriétaires, Saint et Emonin, demandent l’autorisation de reconstruire leur usine suite aux travaux d’aménagement du canal Monsieur (ou du Rhône au Rhin). Ils suppriment le moulin et font construire un laminoir à tôles, et des cylindres à verges pour le tréfilage. En 1825, l'usine métallurgique comprend une forge à deux feux, marteaux et cylindres, une cuivrerie à deux feux, deux martinets et un laminoir, et une fonderie de fonte comprenant un four à réverbère. La forge consomme annuellement 350 000 kg de fonte en provenance des départements voisins, et consomme 7000 stères de bois et fabrique 250 milliers de fers "de divers échantillons propres aux tréfileries, laminoirs [..]". La cuivrerie consomme 1500 hl de houille, et les martinets produisent 300 000 kg de cuivre en "tuyères, coupes, fonds de chaudière, etc.", alors que le laminoir donne 150 000 kg "de cuivre en planches propres au doublage des vaisseaux et aux divers usages du commerce". La fonderie consomme annuellement 4000 hl de houille et produit 300 000 kg de fonte de seconde fusion "moulée dans toutes les formes imaginées pour les besoins domestiques et pour les arts."
Les forges de Gouille sont achetées en 1830 par une société anonyme dirigée par messieurs Bouchot et Dapples. A cette date, la consistance de l’usine est la suivante : deux feux d’affinerie et leur marteau, un "martinet de cuivre", une soufflerie, une fonderie de seconde fusion et deux laminoirs (tôles et verges). Les nouveaux propriétaires font installer "deux fours à puddler brûlant de la houille, une fabrique de fers blancs, un laminoir pour étirer les fers marchands, des fours à souder et tous les accessoires".
En 1833, ils demandent l’autorisation de substituer au martinet à cuivre un 3e feu d’affinerie et son marteau. L’usine emploie alors 150 ouvriers et produit annuellement 6400 quintaux métriques de fers (barres laminées, verges, cercles, tôles) et 14 000 caisses de fer-blanc. Elle utilise 14 000 quintaux métriques de fonte brute, 4500 de fer brut, 400 d’étain et 100 de plomb, et consomme 10 000 quintaux métriques de charbon de bois et 22 000 de houille. L’ordonnance du 7 août 1836 autorise le maintien de l’usine de la "Compagnie anonyme de Gouille". En avril et novembre 1837, Bouchot aîné, gérant de la société, fait installer deux machines à vapeur : l’une, de 25 chevaux, pour suppléer la roue hydraulique d’un gros marteau de forge, et l’autre, de 8 chevaux, pour suppléer celle d’une machine soufflante.
En 1842, l’usine est dite "Fabrique de fers-blancs, tôles, feuillards, verges pour tréfilerie et autres fers fins. Fonderie et fonte de fer". En 1850, son directeur et gérant, M. Champy, est autorisé à construire une halle à charbon au sud. Vers 1850, les forges emploient 220 hommes, 80 femmes et 20 enfants, et sont équipées de trois forges, sept fours et sept "machines", mises en jeu par trois moteurs hydrauliques et deux machine à vapeur. Une nouvelle société anonyme des usines de Gouille est constituée suite à un décret du 3 octobre 1854. En 1856, le directeur de l’usine, M. Humbert, sollicite l’autorisation d’exploiter deux chaudières et une machine à vapeur horizontale de 100 chevaux pour actionner "le laminoir à fer-blanc, les cisailles et autres outils".
En 1858, la forge, tôlerie et fabrique de fer-blanc occupe 140 ouvriers et utilise trois machines à vapeur pour "suppléer au cours d'eau". Elle utilise pour ses fabrications 6000 mètres cubes de charbon et 10 000 hl de charbon. Un marteau pilon est mentionné en 1871. L’arrêté préfectoral du 29 mai 1872 autorise la société à remplacer les cinq roues hydrauliques de son usine par cinq turbines. L’année suivante, deux cités ouvrières, une halle à charbon et un logement sont construits au nord-est du site. En 1874, la matrice cadastrale signale la construction de bureaux et logements, et l’agrandissement d’"usine et magasin". Malgré ces travaux mais faute de modernisation de l'outil de production, l’usine ferme ses portes au début des années 1880.
Mis aux enchères en 1883 pour la somme de 100 000 francs, le site est acquis l’année suivante par Nicolas Paul et Armand Louis Dubourg. La scierie, les ateliers de la forge et deux logements sont alors démolis, et une demeure, appelée "château" sur la matrice, est achevée en 1885. Nicolas Paul Dubourg reste seul propriétaire du site en 1892, sur lequel il fait construire une centrale hydroélectrique. Cette dernière alimente une scierie, construite par ses soins en amont à Port-Marchand (aujourd’hui disparue), et les habitants du village en électricité. La centrale hydroélectrique n’est plus en activité et ses installations ont été démantelées. Les bâtiments subsistants abritent des logements.
Période(s)
Secondaire :
  • 4e quart 19e siècle
Date(s)

Description


Construite en moellon de calcaire, la conciergerie comprend un étage carré et un étage en surcroît. Le logement patronal comprend un étage de soubassement, un étage carré et un étage de comble. Il est couvert d'un toit à croupes et longs pans brisés, dont le brisis est couvert en ardoise. Fortement remanié, le bâtiment de la centrale hydroélectrique est en rez-de-chaussée, couvert de toits à croupes. Le long bâtiment situé au sud, remanié et agrandi au milieu du 20e siècle comme logements, est partiellement construit en moellon de calcaire (façade postérieure). Pourvu de deux étages carrés, il est couvert d'un toit à longs pans et croupes en tuile mécanique.
Murs :
  • calcaire
  • moellon
  • enduit
Toit :
  • tuile mécanique
  • ardoise
Etages :
  • 2 étages carrés
  • étage de soubassement
  • étage de comble
Energie utilisée :
  • énergie hydraulique produite sur place
  • énergie thermique produite sur place
  • énergie électrique produite sur place

Source(s) documentaire(s)

  • F 14/4346 Usines métallurgiques. Maintenue en activité de l'usine à fer dite de Gouille à Bouchot et Dapples, à Beure. Dossier 29 (1833-1865)
    Archives nationales, Paris : F 14/4346 Usines métallurgiques. Maintenue en activité de l'usine à fer dite de Gouille à Bouchot et Dapples, à Beure. Dossier 29 (1833-1865)
    Lieu de conservation : Archives nationales, Paris - Cote du document : F 14/4346
  • 3 P 59/1 Registre des états de sections (1834)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 59/1 Registre des états de sections (1834)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 59/1
  • 3 P 59/2-3 Matrices des propriétés foncières (19e siècle)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 59/2-3 Matrices des propriétés foncières (19e siècle)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 59/2-3
  • 3 P 59/4 Matrice des propriétés foncières bâties (1882-1910)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 59/4 Matrice des propriétés foncières bâties (1882-1910)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 59/4
  • 3 P 59/7 Matrice des propriétés bâties (1911-1944)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 P 59/7 Matrice des propriétés bâties (1911-1944)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 P 59/7
  • M 2335 Statistiques industrielles (1820-1830)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, M 2335 Statistiques industrielles (1820-1830)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 2335
  • M 2389 Sociétés, industrie, commerce (19e siècle)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, M 2389 Sociétés, industrie, commerce (19e siècle)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : M 2389
  • 3 S 194 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Travaux [...] (1807-1828)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 S 194 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Travaux [...] (1807-1828)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 S 194
  • 3 S 630 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Usines, récolements (1809-1883)
    Archives départementales du Doubs, Besançon3 S 630 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Usines, récolements (1809-1883)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 S 630
  • 3 S 1150 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Dossiers d'usines (1820-1883)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 3 S 1150 Navigation intérieure. Canal du Rhône au Rhin. Dossiers d'usines (1820-1883)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 3 S 1150
  • 7 S 31 Cours d’eau et usines. Dossier communal (1810-1892)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 7 S 31 Cours d’eau et usines. Dossier communal (1810-1892)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 7 S 31
  • 428 S 1 Usines métallurgiques (1801-1836)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 428 S 1 Usines métallurgiques (1801-1836)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 428 S 1
  • 431 S 1 Appareils à vapeur (1837-1848)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 431 S 1 Appareils à vapeur
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 431 S 1
  • 432 S 4 Appareils à vapeur. Déclarations (1837-1856)
    Archives départementales du Doubs, Besançon, 432 S 4 Appareils à vapeur. Déclarations (1845-1877)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon - Cote du document : 432 S 4
  • Annuaire du Doubs, 1826.
    Annuaire statistique et historique du département du Doubs pour l'année bissextile 1826. - Besançon : Impr. Veuve Daclin, 1827.
  • Annuaire du Doubs, 1859.
    Annuaire du Doubs, 1859, p. 299.
  • Bourgin, H.et G. L’industrie sidérurgique en France au début de la Révolution, 1920.
    Bourgin, H.et G. L’industrie sidérurgique en France au début de la Révolution (1788). - Paris : Imprimerie nationale, 1920.
  • Claerr-Roussel (C.), Belhoste (J.F.), Philippe (M.). La métallurgie comtoise XV-XIXe siècles. Etude du val de Saône, 1994.
    Claerr-Roussel (C.), Belhoste (J.F.), Philippe (M.). La métallurgie comtoise XV-XIXe siècles. Etude du val de Saône. - Besançon : Asprodic, 1994, 416 p.
  • Courtieu, Jean (dir.). Dictionnaire des communes du département du Doubs, 1982-1987.
    Courtieu, Jean (dir.). Dictionnaire des communes du département du Doubs. - Besançon : Cêtre, 1982-1987. 6 t., 3566 p. : ill. ; 24 cm.
  • Genestier Michel. La Société des Forges de Franche-Comté, 1962
    Genestier Michel. La Société des Forges de Franche-Comté. - Besançon : Faculté des Lettres, 1962, 120 p.
  • Gille, Bertrand. Les forges françaises en 1772, 1960.
    Gille, Bertrand. Les forges françaises en 1772. - Paris: SEVPEN, 1960.
  • Les établissements métallurgiques en Franche-Comté aux XVIIe et XIXe siècles, 1968
    Lassus, François. Les établissements métallurgiques en Franche-Comté aux XVIIe et XIXe siècles. - Besançon : Faculté des Lettres de Besançon, 1968. Mémoire de maîtrise d’Histoire.
  • Microcentrales hydroélectriques, valorisation industrielle franc‐comtoise, 2009.
    Microcentrales hydroélectriques, valorisation industrielle franc‐comtoise [Rapport du cabinet Reilé] / ARID (Association des Riverains Industriels du Doubs), 2009.
  • Statistique de la France : Industrie / publiée par le Ministère de l'agriculture et du commerce. - Paris : Imprimerie royale, 1847-1852.
    Statistique de la France : Industrie / publiée par le Ministère de l'agriculture et du commerce. - Paris : Imprimerie royale, 1847-1852.
  • Usines de Gouille (Doubs), 1829.
    Usines de Gouille (Doubs), octobre 1829. - Dijon : Douilllier et imprimeur et lithographe, 30 p.

Informations complémentaires

Thématiques :
  • patrimoine industriel du Doubs
Aire d’étude et canton : Vallées, plateaux et montagnes du Doubs
Hydrographie : dérivation du Doubs
Dénomination : usine de transformation des métaux, centrale hydroélectrique
Parties constituantes non étudiées :
  • logement d'ouvriers
  • barrage
  • logement patronal
  • remise
  • écurie
Carte interactive
Haut de page