Patrimoine en Franche-Comté - Maison et usine d'horlogerie (usine de montres) Alphonse Dodane Fils puis Dodane Frères

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Région Bourgogne Franche-Comté
Direction Culture, sport et jeunesse - Service Inventaire et Patrimoine
Hôtel de Région - 4, square Castan CS51857 - 25031 Besançon cedex

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Maison et usine d'horlogerie (usine de montres) Alphonse Dodane Fils puis Dodane Frères

36 et 38 rue de l' Helvétie
25 - Morteau
Dossier IA25001241 réalisé en 2014

Illustrations

Historique

Le maçon Firmin Camponovo construit vers 1901 une maison dotée d'un atelier, détruit deux ou trois ans après par un incendie.

Cette propriété passe en 1909 à l'un des fils d'Alphonse Dodane (1839-1906) : Gabriel Alphonse (1878-1959), marié en 1903 à Lucia Léa Vermot-Desroches. Alphonse a été fabricant d'horlogerie (roues de cylindre) à Fournet-Blancheroche, où il a travaillé avec son beau-père François Xavier Joubert dans l'usine installée par ce dernier à la Rasse en 1857. Dans un second temps établi à son compte au Mont du Pré, dans une ferme qu'il a reconstruit en 1880 et où il employait quelques ouvriers et sa nombreuse famille, il décide au début du 20e siècle (vers 1901 ou 1905) de déménager à Morteau pour, suivant la tradition familiale, "tirer parti de l'électricité et du chemin de fer".

Dernier de ses fils, Gabriel Alphonse l'accompagne et se forme à la fabrication des montres chez son frère Charles (demeurant dans cette ville depuis 1893 et installé à son compte depuis 1896, au 15 rue de la Louhière). Il crée sa propre entreprise sous la raison sociale d'Alphonse Dodane Fils. Se disant au début des années 1910 successeur de Parrenin (pour les montres-réveils), il est spécialiste des "montres, réveils, avertisseurs". Il adopte l'interchangeabilité des pièces dès 1910 (dans sa documentation, les 45 pièces de rechange d'une montre réveil sont numérotées) et, pressentant les besoins de l'aviation, il invente à la fin de la première guerre mondiale un chronographe à rebours innovant, adopté par l'armée de l'Air pour ses bombardiers. Il poursuit dans cette voie par la suite, fabriquant des montres et chronographes pour les armées et autres services aéronautiques.

Pour abriter ses ateliers de fabrication, un nouveau bâtiment est, vraisemblablement dans les années 1920, construit à l'est (accolé à celui existant), formant l'actuel n° 38 rue de l'Helvétie. Il intègre dans son extrémité orientale une maison édifiée vers 1897 pour Jules Caille (dit homme d'équipe puis inspecteur) puis achetée en 1906 par Jules Wetzel (1857-1915), fils de Charles Wetzel et associé un temps avec son frère Emile (3 place de l'Hôtel de Ville). Les biens de Jules Wetzel, propriétaire de l'habitation voisine (actuel n° 40), sont acquis en 1920 par Gabriel Alphonse mais ce dernier fait faillite et son matériel est vendu aux enchères le 28 juillet 1924. Selon la matrice cadastrale, le site passe par la suite à la Sarl Jequier et Cie (la "Fabrique neufchâteloise de Verres de Montres", de Théodore Jequier, qui deviendra "Verrerie du Frambourg" en 1927 puis "Usine du Frambourg" en 1930), de La Cluse-et-Mijoux, avant de faire retour vers 1931 à la famille Dodane via la Sarl (puis SA) Dodane Frères (au capital de 625 000 F, porté à 2 500 000 F avant février 1948, 14 000 000 F fin 1949-début 1950, 22 750 000 F en 1953).

La "Manufacture française de Chronographes des Ets Dodane Frères", qui exploite la marque Vincit, signale début 1948 qu'elle utilise des ébauches françaises pour sa production de montres mais qu'elle fabrique aussi ses propres ébauches, dont une partie est revendue, et qu'elle vend "depuis longtemps des mouvements nus, sans cadrans ni aiguilles, en pendulettes et réveils, à des clients qui se chargent des emboîtages cadrans et aiguilles dans leurs ateliers". Son papier à en-tête énumère alors sa production : "spécialité de chronographes 13 - 14 - 16 - 18 et 19 lignes, compteurs de sport et appareils spéciaux au 1/5e, 1/10e, 1/20e et 1/50e, mouvements 8 jours - avec ou sans réveil -, montres ancres et cylindres - de 5 1/4 à 20 lignes". Elle développe à cette époque son propre calibre à "trotteuse centrale directe", qui sera mis sur le marché début 1950, et n'achète en 1949 que 2 700 ébauches françaises : 1 600 à l'Horlogerie de Savoie (calibre 10 1/2) et 1 100 à la Fabrique d'Ebauches de Maîche (5 1/4). C'est donc une vraie manufacture, dans la mesure où elle produit la majorité des pièces nécessaires à la réalisation d'une montre (en 1952, elle n'achète en ébauches françaises que les calibres 5 1/4), mais aussi un fournisseur de composants pour les autres sociétés horlogères. Elle dispose ainsi en 1950 d'un quota de 26 000 pièces pour la maison Ferreux et de 35 000 pièces pour les Ets Raymond Dodane (l'un des frères installé en 1929 à Besançon, où il a fait construire de 1939 à 1943, par les frères Perret, sa propre usine aux 5 et 7 avenue de Montrapon). Elle vend effectivement cette même année 17 474 montres avec des ébauches françaises, dont 16 074 DF (Dodane Frères) : 7 389 au calibre 10 1/2, 4 029 en 17 lignes et 4 656 en 24 lignes (pour 25 966 montres en 1951 dont 25 116 avec des ébauches DF : 16 381 en 10 1/2, 4 495 en 17 et 4 240 en 24). Réorganisée au début des années 1950, elle peut se féliciter en 1952 d'avoir doublé son chiffre d'affaires en deux ans.

Nouveaux changements de propriétaire après la deuxième guerre mondiale : en 1953 la Sarl Montres Raymond Dodane (au 7 avenue de Montrapon, à Besançon) - classée en 1965 pour la rue de l'Helvétie dans la catégorie de 11 à 19 salariés - puis vers 1964-1965 les Fabriques d'Assortiments réunies (57 rue Girardet, au Locle, Suisse). Cette société, fondée le 5 septembre 1932 par la réunion de plusieurs fabriques suisses d'assortiments à ancre, ouvre en 1966 une succursale dans le bâtiment : la Sarl "Les Fabriques d'Assortiments réunies – France". Elle travaille sur l'échappement à ancre (garnissage de l'ancre) puis se reconvertit à la fabrication de composants pour le médical. Employant 30 personnes en 1982, elle cesse ses activités à Morteau en 1987.

Depuis, le bâtiment a été converti en logements.

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Périodes

  • Principale1er quart 20e siècle

Description

Le site est composé de deux corps de bâtiments accolés, aux murs en moellons calcaires enduits et coiffés de toits à longs pans, demi-croupe pour celui à l'ouest (logement patronal), croupes, noue et égout retroussé pour l'autre (usine), à couverture de tuiles mécaniques. Ces corps ont deux étages de soubassement et un rez-de-chaussée surélevé ; le plus ancien (logement à l'ouest) comporte un étage carré et un étage en surcroît, le plus récent (usine à l'est) deux étages carrés et un étage de comble. La desserte est assurée par des escaliers dans-oeuvre, complété par un escalier extérieur droit en béton sur la façade postérieure de l'usine (accès au rez-de-chaussée). L'éclairage des ateliers de cette dernière était assuré par de nombreuses fenêtres horlogères ouvrant le deuxième étage carré sur la façade antérieure, le rez-de-chaussée et les deux étages carrés à l'arrière, le mur pignon ouest étant lui percé de fenêtres multiples aux deux étages carrés. Au 20e siècle ont été ajoutés des garages en béton : celui accolé contre le mur pignon occidental du logement est protégé par une terrasse en béton, l'autre (succession de box, bien plus récent) par un appentis également en béton.

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  • Typologiesbaie horlogère / baie multiple
  • Murscalcaire / moellon / enduit / béton / enduit
  • Toittuile mécanique / béton en couverture
  • Étages2 étages de soubassement / rez-de-chaussée surélevé / 2 étages carrés / étage de comble
  • Élévationsélévation à travées
  • Couverturestoit à longs pans / croupe / demi-croupe / terrasse / appentis / noue
  • Escaliersescalier dans-oeuvre / escalier de distribution extérieur / escalier droit / en maçonnerie
  • Énergiesénergie électrique / achetée
  • État de conservationétablissement industriel désaffecté

Documentation

Documents d’archives

  • 3 P 412 Cadastre de la commune de Morteau, 1816-1978- 3 P 412 : Atlas parcellaire (11 feuilles), dessin (plume, lavis), par les géomètres du cadastre Girardier et Mestre, 1816-1817- 3 P 412/1 : Registre des états de sections, 1818- 3 P 412/4-5 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1823-1875. Le 1er volume manque.- 3 P 412/2-3 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1876-1914- 3 P 412/6 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1882-1910- 3 P 412/7-9 : Matrice cadastrale des propriétés non bâties, 1911-1965- 3 P 412/10-13 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1911-1978
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 3 P 412
  • 50 J 24 Syndicat de fabricants d'horlogerie de Besançon. Correspondance avec les fabricants, 1948-1974
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 50 J 24
  • Archives communales, Besançon, 86 W 104 Entreprises de microtechniques de Franche-Comté (4e quart 20e siècle)
    Lieu de conservation : Archives communales, Besançon  - Cote du document : 86 W 104
  • Archives de la société Dodane, Châtillon-le-Duc
    Lieu de conservation : Archives de la société Dodane, Châtillon-le-Duc
  • Manufacture française de Montres-Réveils A. Dodane Fils, à Morteau (Doubs - France) [publicité]. Publiée dans : L'Annuaire des Fabricants d'Horlogerie de France / Tardy (G. dir.). 10e année. - Paris : Tardy, 1910, p. 152 : ill.
  • Dodane Frères - Morteau (Doubs). Chronogaphe économique Cal. C.H.R. [publicité], s.d. [2e quart 20e siècle]
    Lieu de conservation : Collection particulière : Brice Leibundgut, Paris

Documents figurés

  • Ponts et Chaussées. Route nationale n° 461 de Dijon au Locle. Plan de la traverse de Morteau [rue de l'Helvétie], photocopie d'un dessin (plume, lavis), s.n., approuvé par le Conseil général dans sa séance du 23 avril 1895, mise à jour le 7 octobre 1942, échelle 1/500, 29 x 53 cm
    Lieu de conservation : Collection particulière : Henri Leiser, Morteau
  • [Route départementale n° 461 à Morteau : rue de l'Helvétie], photocopie d'un dessin (plume, lavis), s.n., s.d. [entre 1901 et 1906, avec mise à jour dans les années 1930 ?], sans échelle [1/500], 29 x 80,5 cm
    Lieu de conservation : Collection particulière : Henri Leiser, Morteau
  • F[abri]que d'Horlogerie A. Dodane Fils [façade antérieure de la maison-atelier], photographie, s.n., s.d. [1er quart 20e siècle]
    Lieu de conservation : Archives de la société Dodane, Châtillon-le-Duc
  • Fabrique d'Horlogerie Alph. Dodane, Fils, gravure (enveloppe à en-tête), s.n., s.d. [1er quart 20e siècle, avant le 16 mars 1912]. Publiée dans : Vuillet, Bernard. Le val de Morteau et les Brenets en 1900. - 1978, p. 42.
  • [Construction de l'usine, à l'est], photographie, s.n., s.d. [années 1920 ?]
    Lieu de conservation : Archives de la société Dodane, Châtillon-le-Duc
  • Etab[lissemen]ts Dodane Frères. Morteau (Doubs) [façade postérieure de la maison et de l'usine], dessin imprimé, s.n., s.d. [1943]. Publié dans : Cent cinquantenaire de la fabrique d'horlogerie de Besançon. - S.l. [Besançon] : impr. Millot Frères, 1943, p. 39.
  • Manufacture française de chronographes Ets Dodane Frères, Morteau (Doubs) [façade postérieure de trois quarts droite], photographie, par Curtit, s.d. [1949]. Publiée dans : L'Opinion économique et financière, n° 2, juillet 1949, p. 23 : ill.
  • [Portraits de Raymond Dodane et de ses ascendants : François Xavier Joubert, Alphonse et Gabriel Alphonse Dodane], photographies imprimées, s.d. [décennie 1950]
    Lieu de conservation : Archives de la société Dodane, Châtillon-le-Duc

Bibliographie

  • Briselance, Claude-Gilbert. L'horlogerie dans le val de Morteau au XIXe siècle (1789-1914). - 1993. 2 vol., XXXII-398 - III-420 f. : ill. ; 30 cm. Mém. maîtrise : histoire contemporaine : Besançon : 1993
  • Chambre française de l'Horlogerie. Annuaire 1972/1973. - Paris : CFH, 1972. III-177 p. ; 30 cm.
  • Chatelain, Emma. Nivarox-FAR SA. In Dictionnaire du Jura, 2011. Article consultable en ligne : http://www.diju.ch/f/notices/detail/8200 (consultation : 20 décembre 2013)
  • Dodane, Laurent. La manufacture d'horlogerie Dodane, à la Rasse, Morteau et Besançon. In : L'horlogerie, fille du temps : actes du cycle de conférences dans le massif du Jura, septembre 2016-juin 2017. - Besançon : Association française des Amateurs d'Horlogerie ancienne, 2017, p. 101-108 : ill.
  • Les établissements horlogers en France. - S.l. : s.n., mars 1965. 17 p. ronéotypées ; 20 cm.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Michel Simonin, Maîche
  • Leiser, Henri ; Jacquot, Didier. Morteau et environs d'hier à aujourd'hui. - Pontarlier : Presses du Belvédère, 2010. 188 p. : ill. ; 24 cm.
  • M., A. Les plus anciennes maisons de l'horlogerie française. La France horlogère, n° 429, janvier 1982, p. 81-86 : ill., n° 430, février 1982, p. 63-69 : ill.
  • Poupard, Laurent. Gabriel Alphonse Dodane. In Viennet, Jean-Pierre. Le pays des horlogers : trois siècles d'histoire franco-suisse. - Villers-le-Lac : Musée de la Montre, 2015, p. 172, 178-180 : ill.
  • Vuillet, Bernard. Le val de Morteau et les Brenets en 1900, d'après la collection de cartes postales de Georges Caille. - Les Gras : B. Vuillet, Villers-le-Lac : G. Caille, 1978. 294 p. : cartes postales ; 31 cm.

Documents multimédias

  • Guichard, Jean-Marie. Recherches généalogiques. Accessibles en ligne sur le site de Geneanet : http://gw.geneanet.org/
  • Prost, André. Recherches généalogiques. Accessibles en ligne sur le site de Geneanet : http://gw.geneanet.org
  • Réjus, Liliane. Recherches généalogiques. Accessibles en ligne (accès privé) sur le site de : http://www.myheritage.fr/

Témoignages oraux

  • Droz Yves, collectionneur de pièces horlogères et fondateur du Musée de la Montre, Villers-le-Lac
  • Leiser Henri, fils d'André Leiser et historien du val de Morteau. Morteau
  • Robbe Jean-Marie, petit-fils de Gabriel Dodane (1893-1975) et arrière petit-fils de Charles Dodane (1867-1936). Villers-le-Lac
  • Vuez Jean-Claude, descendant d'une famille d'horlogers, historien de la société Parrenin, Villers-le-Lac
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Intérêt, protection et statut

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  • Statut de la propriétépropriété d'une société privée

Désignation

  • Dénomination(s)maison, usine d'horlogerie
  • Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication, bureau, entrepôt industriel, magasin industriel, garage, cour
  • Fonction(s) successive(s) ou actuelle(s) immeuble

Localisation

  • CommuneMorteau
  • Adresse 36 et 38 rue de l' Helvétie
  • Milieu d'implantationen ville
  • Aire d'étude et cantonPays horloger (le) - Morteau

Étude

  • Copyright© Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
  • Auteur(s)Poupard Laurent
  • Date de l'étude2014

Localisation