Patrimoine en Franche-Comté - Ferme et atelier dit taillanderie Bobillier puis Nicod, puis atelier d'outillage de Victor Drezet

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Région Bourgogne Franche-Comté
Direction Culture, sport et jeunesse - Service Inventaire et Patrimoine
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Ferme et atelier dit taillanderie Bobillier puis Nicod, puis atelier d'outillage de Victor Drezet

3 rue le Dessus de la Fin
00 - Les Gras
Dossier IA00013894 réalisé en 1978

Illustrations

Historique

Comme l'indiquent la date 1571 et la représentation d'une lame de faux, gravées sur l'un des rouleaux chanfreinés de l'entrée de la cave, une taillanderie est attestée là dès le troisième quart du 16e siècle. Il est vraisemblable que le bâtiment sert alors de ferme et d'habitation et que les ateliers sont établis de l'autre côté de la route, sur le ruisseau du Théverot (future taillanderie Nicod, exploitée par cette famille dès 1750 au moins). Il semble reconstruit au 17e siècle pour sa partie sud : le millésime 1694 (en remploi) est visible sur le piédroit droit du bûcher du grand tué. La partie nord, elle, est édifiée dans la deuxième moitié du 18e siècle ainsi que l'attestent deux dates : 1772 gravée sur un des piédroits du four dans le grand tué et 1776 inscrite avec les initiales PB, sur le linteau d'une ancienne porte dans l'angle nord-est du mur pignon oriental ; l'extension occidentale peut également dater de la fin du 18e siècle ou du début du siècle suivant. Ces dernières constructions sont l'oeuvre de Philippe Bobillier (1731-1820), dit chaudronnier au Dessus de la Fin. Bobillier est alors propriétaire des bâtiments reportés sur le plan cadastral de 1816 (maison A 71 et hangar A 70), ainsi que d'une chaudronnerie sur le Théverot (A 42, future scierie Garnache). Ces biens sont repris par son fils Philippe Emmanuel (vers 1763-1834), "fabricant de cuivre" et maire des Gras en 1823, propriétaire des "deux martinets à forger le cuivre" situés en aval (cadastrés A 49-50, futur atelier d'Ernest Voynnet, et A 42).

Philippe Emmanuel cède vers 1823 la maison et le hangar à François Xavier Nicod (1754-1837), frère du taillandier Claude Antoine Nicod (établi aux 5 et 6 place de la Libération). Déclaré "fabricant de faulx" au Dessus de la Fin, François Xavier possède la taillanderie voisine (A 65 à 67, avec le bassin de retenue A 58). Signalée dans un inventaire des forges à martinet de 1772, cette dernière était alors dirigée par Pierre François Nicod (1729-1810), le père de François Xavier, et produisait annuellement 300 à 350 t de quincaillerie. C'était en 1797 la plus importante taillanderie de la commune avec 12 000 faux fabriquées par an. En 1812, un même bâtiment abrite le logement et l'atelier, équipé de trois feux de forges et de cinq petits martinets ; les soufflets sont actionnés par deux roues hydrauliques verticales, les martinets par une seule roue. Le faible débit du ruisseau (en partie alimenté par la fonte des neiges) ne permet cependant à l'établissement de fonctionner que quatre mois par an, et le moulin à blé et la scierie qui lui sont attachés, établis juste en aval, ont recours à un bassin de retenue. En 1823, il consomme annuellement 5,5 t de fer fin des forges de la Ferrière-sous-Jougne (commune de Jougne), 2 t d'acier de Styrie (Autriche) et 600 stères de bois de sapin pour fabriquer, avec 15 personnes (dont deux bûcherons et un charbonnier), 8 000 faux (2 000 sont destinées pour l'exportation). En 1834-1835, sa production est toujours de 8 000 faux avec 11 ouvriers. Reprise vers 1828 par Pierre François Nicod (1787-1846), le fils de François Xavier, l'affaire est cédée vers 1840. Les ateliers sont acquis par les frères Bobillier : Isidore (François Isidore, 1799-1875), qui sera maire dans les années 1840, et Sylvain (1814-?), tous deux fils d'Etienne François Bobillier (1758-1817) et exploitant la taillanderie juste en amont (au 6 rue le Dessus de la Fin). Ils passent ensuite, vers 1876, à Narcisse Jacquet (1842-1902) qui développe la scierie, la dote d'un chantier au bois puis transforme vers 1896 le bâtiment de la forge ou le remplace par un autre à usage de scierie et d'habitation. L'établissement est ensuite repris par ses fils Henri (?-1941), qui sera maire dans les années Trente, et Laurent (1884-1938), lesquels lui ajoutent une parqueterie. Arrêté vers 1939, il est de nouveau exploité jusqu'en 1947 par un M Morel. Ce sont ensuite les fils de Laurent, Narcisse et Pierre, qui le reprennent. Ils démolissent le bâtiment de la parqueterie en 1951 et ferment le site en 1956. Le dernier bâtiment subsistant est détruit en 1986.

Pour sa part, la ferme connaît différents propriétaires après Nicod (Pierre Philippe Moyse de 1841 à 1845 environ, Claude François Pourchet ensuite, vers 1858 ses descendants, François Isidore Garnache-Chatgris vers 1863) puis elle est achetée en 1888 par le cultivateur Florimond Drezet (1846-1925). Ce dernier y élève quelques vaches et y tient un café, fermé à sa mort en 1925. Deux de ses fils - Fernand (1898-1973), qui s'établira dans les années 1960 au 3 rue de Pontarlier, et Victor (1883-1963), dit mécanicien - y fabriquent de l'outillage pour les horlogers, dont des outils au dixième et au douzième. Victor travaille seul dans le bâtiment (dont la toiture en tavaillons a été refaite en tuiles en 1903) puis avec deux de ses fils, Michel (1922-1998) et Robert (1923-1986). Ces derniers maintiennent l'atelier jusqu'à sa mort en 1963 ; Robert Drezet poursuivra alors la fabrication dans sa maison, au 13 rue les Saules, puis s'associera avec son fils Hubert dans la Sarl Drezet R & H qui s'installera sur la commune de Grand'Combe-Châteleu (au 14 les Grands Saules). Le bâtiment n'abrite ensuite plus d'activité productive (mais il a conservé au rez-de-chaussée un petit feu de forge et son soufflet en cuir). Modifié en 1976 (la partie gauche de la façade orientale a été reprise en parpaings de béton) et 2013 (suppression du petit tué), il est en cours de rénovation.

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Périodes

  • Principale3e quart 16e siècle, 4e quart 17e siècle, 3e quart 18e siècle, 4e quart 18e siècle

Dates

  • 1571porte la date
  • 1694porte la date
  • 1772porte la date
  • 1776porte la date

Description

Le bâtiment a des murs en moellons calcaires partiellement enduits, protégés à l'étage carré (sauf sur la façade orientale) par un essentage de planches ; les pignons sont en pan de bois, également essenté de planches. Incomplet, le sous-sol est en partie voûté en plein cintre et accessible par un escalier extérieur droit en pierres. L'entrée centrale au sud donne sur un couloir voûté en berceau plein cintre qui distribue le rez-de-chaussée, l'étage carré (surmonté d'un comble) étant desservi par un escalier dans-oeuvre en bois et, à l'ouest, par une rampe d'accès (levée de grange). Au rez-de-chaussée, certaines des baies de la partie 17e (sud) sont moulurées, celles de la partie 18e (nord et extension ouest ?) ont un linteau délardé en arc segmentaire ; des fenêtres jumelées (fenêtres horlogères) sont visibles sur les façades orientale et méridionale, une fenêtre multiple sur la façade orientale signale l'emplacement de l'atelier. Le toit est à longs pans, pignons couverts et tuiles mécaniques ; seule en émerge la souche du grand tué (grande cheminée), le petit ayant été détruit. La bâtiment conserve encore un feu de forge et son soufflet.

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  • Typologiesferme à tué double / grange haute / baie horlogère / baie multiple
  • Murscalcaire / moellon / enduit partiel / bois / pan de bois / essentage de planches
  • Toittuile mécanique
  • Étagessous-sol / 1 étage carré / étage de comble
  • Couvrementsvoûte en berceau plein-cintre
  • Élévationsélévation à travées
  • Couverturestoit à longs pans / pignon couvert
  • Escaliersescalier de distribution extérieur / escalier droit / en maçonnerie / escalier dans-oeuvre / escalier droit / en charpente
  • Autres organes de circulationsrampe d'accès
  • Techniques de décorsculpture
  • Représentationsfaux / symbole professionnel
  • Précisions sur la représentation

    Une lame de faux, évoquant la taillanderie, est gravée en cuvette sur le deuxième rouleau de l'entrée de la cave.

Documentation

Documents d’archives

  • 3 P 298 Cadastre de la commune des Gras, 1814-1967- 3 P 298 : Atlas parcellaire (11 feuilles), dessin (plume, lavis), par les géomètres du cadastre Vergne et Garcin, 1816- 3 P 298/1 : Registre des états de sections (1816-1818)- 3 P 298/2, 5 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1822-1875- 3 P 298/3-4 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1876-1914- 3 P 298/6 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1882-1910- 3 P 298/7 : Matrice cadastrale des propriétés non bâties, 1914-1967- 3 P 298/8 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1911-1967
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 3 P 298
  • 7 S 55 Cours d'eau et usines. Régime des eaux. Moulins-usines (1805-1919)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon
  • Notice sur les fabriques de la commune des Gras, pour être adressée à monsieur le sous-préfet de Pontarlier en exécution de sa lettre du 17 mars 1823, dressé sur les renseignements qui lui ont été produits par les fabricans, par Garnache, le 9 avril 1823. Photocopie d'un document conservé aux Archives départementales du Doubs
    Lieu de conservation : Collection particulière : Louis Girard, Grand'Combe-Châteleu

Documents figurés

  • 25 Les Gras, lieu-dit le Dessus de la Fin. Demeure : ferme 1. Rez-de-chaussée, Cave [et] Grange, dessin sur calque, par Jean-Marc Demoly, 24 août 1976, 1/100, 55 x 77,5 cm
    Lieu de conservation : Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire et Patrimoine, Besançon

Bibliographie

  • Garneret, Jean. Le martinet et la faux en Franche-Comté. Actes du colloque sur l'artisanat (Besançon, 10-12 juin 1960). - Annales littéraires de l'Université de Besançon, vol. 45, Les Belles Lettres, 1961, p. 67-85
  • Laithier, René. Fabricants d'outils pour horlogers bijoutiers de la commune des Gras. Les artisans de la fin du 19e à la fin du 20e siècle. - 1990. 4 f. dactyl. Porte la mention : "Liste non exhaustive établie en 1990, par René Laithier, les Epaisses, Les Gras".
    Lieu de conservation : Collection particulière : Rémy Cerf, Les Gras
  • Vegliante, Gianfranca. L'artisanat dans le canton de Morteau au XIXe siècle. – Besançon : Faculté des Lettres, 1976. 164 f. dactyl. ; 30 cm. Mém. Maîtrise : Histoire : Besançon : 1976.

Documents multimédias

  • Guichard, Jean-Marie. Recherches généalogiques. Accessibles en ligne sur le site de Geneanet : http://gw.geneanet.org/
  • Jeannier, Gaby. Atelier Drezet Jean-Marie. - Les Gras : Télé Châteleu, 2008. 1 DVD vidéo monoface (18 mn 07 s) : coul., son ; 12 cm. Reportage et montage : Gaby Jeannier. Chaîne locale de télévision issue du vidéo-club des Gras, Télé Châteleu a existé de fin 1993 à 2016.

Témoignages oraux

  • Drezet Jean-Marie, fils du fabricant d'outillage Victor Drezet. Les Gras
  • Petitjean Guy, ancien propriétaire de la maison Georges Vernier, commerce de fournitures et outils d'horlogerie. Les Gras
  •  

Intérêt, protection et statut

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  • Statut de la propriétépropriété privée

Désignation

  • CommuneLes Gras
  • Milieu d'implantationen écart
  • Lieu-dit Dessus de la Fin le
  • Adresse 3 rue le Dessus de la Fin
  • Dénomination(s)ferme, atelier
  • Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication, logement, étable à vaches, grange, forge, jardin potager, rampe d'accès
  • Fonction(s) successive(s) ou actuelle(s) maison

Localisation

  • Aire d'étude et cantonPays horloger (le) - Morteau

Étude

  • Copyright© Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine, © Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
  • Auteur(s)Poinsot, Gilbert, Poupard Laurent
  • Date de l'étude1974

Localisation