Patrimoine en Franche-Comté - Maison et usine d'horlogerie (usine de montres) de l'Union ouvrière, puis usine de décolletage Struchen

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Région Bourgogne Franche-Comté
Direction Culture, sport et jeunesse - Service Inventaire et Patrimoine
Hôtel de Région - 4, square Castan CS51857 - 25031 Besançon cedex

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Maison et usine d'horlogerie (usine de montres) de l'Union ouvrière, puis usine de décolletage Struchen

4 et 6 Rue Neuve
25 - Charquemont
Dossier IA25001188 réalisé en 2014

Illustrations

Historique

Associé avec son beau-frère Paul Malfregeot (marié avec Cécile Fallot) dans un commerce de vin, lui-même fils d'aubergiste, Paul Loichot (Noël-Cerneux 1849-?) fait construire au tout début du 20e siècle plusieurs bâtiments à proximité de la gare du tacot (ligne Morteau-Maîche, ouverte en 1905). Il fait notamment bâtir par l'architecte Emile Girard sa propre maison, en 1903 (date portée sur le linteau de la porte d'entrée), et y établit l'atelier de fabrication de l'Union ouvrière, dont il est le fondateur et le directeur. Auparavant installée à l'étage du café Rième, cette société vend sa production par correspondance directement aux particuliers : Elisa Fallot (née en 1852 au Russey), l'épouse de Paul, a imaginé à l'extrême fin du 19e siècle de démarcher les "maires, adjoints et garde-champêtres des communes" en leur expédiant une montre, à charge pour eux de la renvoyer s'ils n'en veulent pas. L'atelier permet d'effectuer le montage des montres (sur la base d'ébauches 30 et 34/12e des Ets Parrenin de Villers-le-Lac), sous la direction de Paul Jacquot et avec des remonteurs tels Ulysse Châtelain et Léon Renaud. Le bâtiment héberge aussi jusque vers 1905 l'entreprise de dorage d'Albert Haenni, ensuite transféré chez Froidevaux au n° 5 de cette même Rue Neuve.

Paul Loichot a déposé un certain nombre de brevets : il fait le 10 juin 1904 une demande, pour un brevet délivré le 18 août suivant et publié le 17 octobre, pour une montre du type tourbillon (dispositif imaginé en 1801 par le célèbre horloger Abraham-Louis Breguet), dont l'inventeur semble être Joseph Burlin (ou Burtin), de Morteau. Il déposera d'autres demandes, pour une montre le 12 novembre 1904 (accord le 20 janvier 1905 et publication le 25 mars) et pour un "mécanisme de grande sonnerie et répétition pour pièces d'horlogerie" le 26 décembre 1905 (délivré le 19 mars 1906 et publié le 7 mai).

Loichot est secondé par Ernest Struchen, son beau-frère (qui a épousé Berthe Loichot en 1897). ce dernier est issu d'une famille originaire de Suisse et installée à Charquemont en 1880 lorsqu'Alcime Binétruy, propriétaire d'une fabrique de montres place de l'Hôtel de Ville, embauche Christian Struchen, doreur de mouvements, couronnes et pendants à Soleure (Suisse). Après des études à Belfort, son fils Ernest (27 septembre 1873 à Fleurier, Suisse - 15 février 1975 à Charquemont) entre comme comptable dans la société de Loichot. Il part ensuite pour Besançon, où il tient la comptabilité de la maison Robert (2-6 faubourg Tarragnoz ; cf. IA25000419). En 1897, il se marie avec Berthe Loichot (la fille de Paul), régleuse de spiraux chez son père, revient à Charquemont et s'associe avec son beau-père (il semble aussi à un moment donné associé avec un autre horloger, du nom de Neukomm, dans une fabrique de pendants, couronnes, anneaux et aiguilles de montres installée au 9 rue de l'Eglise et qui serait par la suite devenue l'usine Walcker).

En 1910, pour faire face à une concurrence agressive, Loichot s'associe avec Henri Gentil, de Maîche, afin de produire l'assortiment à cylindre (échappement). L'entreprise, qui sous-traite beaucoup à domicile et achète également aux établissements Henri Rotschi (de Maîche), vend essentiellement à des Suisses : Langendorf, Meyer et Studli, Fleurier... C'est vraisemblablement dans ces années 1910-1920 que le bâtiment héberge également l'affaire de grossiste en horlogerie de Marie Lavalette, épouse d'Ernest Laurent (affaire que l'on retrouve en 1956 au 10 rue Victor Hugo sous la dénomination de Société comtoise d'Horlogerie).

Après trois ans d'études à l'école d'horlogerie de Besançon (1914-1917) puis une année à celle de Cluses et un temps de service militaire, Jean-Louis Struchen, le fils d'Ernest, revient dans l'entreprise familiale. Si la fabrication des montres cesse, il poursuit celle de l'échappement à cylindres, passant aux calibres inférieurs à 18 lignes (40,6 mm), mieux payés. Il livre aux rhabilleurs et marchands de fournitures, et accède au marché mondial grâce à l'achat du fonds d'un autre horloger : Jérôme Guerre (installé dans le bas de la Grande Rue). En 1924, il se marie avec Gisèle Cheval, descendante d'une famille de fabricants d'assortiments à cylindre, et livre à sa belle-famille aux Fontenelles les axes de balancier dont elle a besoin, s'équipant pour l'occasion de machines à décolleter Tornos. Il fonde en 1930 sa propre société (le Décolletage moderne) et, délaissant la production des échappements, se cantonne au décolletage de précision. Intégré au comptoir de vente Cyrax, dirigé par Gaston Maillot (6 rue Cuvier), il construit en 1937, à côté de l'établissement d'origine (où la comptabilité demeure, sous la responsabilité de son père) et en remplacement d'une dépendance, une usine dans laquelle il emploie 5 ou 6 ouvriers, travaillant avec des tours Manurhin et Straub.

Le 1er janvier 1948 est créée la Sarl Décolletage moderne et Ets Struchen réunis (au capital de 30 000 F), qui devient le 1er juillet 1955 Ets Struchen et Cie SA. Elle est dirigée (à partir de 1948 ?) par Denis, le fils de Jean-Louis, qui double l'usine en profondeur entre 1958 et 1967 (vraisemblablement en 1958-1959). En 1971, la SA (au capital de 135 000 F), établie aux 4 et 6 Rue Neuve, emploie 25 personnes pour réaliser décolletage (de 5 à 42 mm de diamètre) et traitement de surface des métaux (polissage, diamantage, nickelage, chromage et vernissage), pour l'horlogerie et la lunetterie. En 1989, Eric (le fils de Denis) reprend l'affaire et renouvelle le parc machine (capacités dimensionnelles portées de 40 à 60 mm en barres et 100 mm en lopins) pour rechercher de nouveaux marchés : serrurerie, robinetterie, radiologie notamment. Il fait agrandir l'usine au nord-ouest en 1998. En 2006, tout en conservant la responsabilité du site, il cède l'affaire au groupe Matec (150 personnes environ), fondé à Nancy en 1986 pour " réaliser des opérations de montage et maintenance industrielle ".

En 2012, la Sarl Struchen (au capital de 142 000 F) poursuit son activité de décolletage avec un effectif de 12 personnes. Toutefois l'attractivité des salaires suisses la prive de ses ouvriers et elle est placée en liquidation judiciaire le 16 avril 2013. L'usine est désaffectée (fin 2014) ; le bâtiment d'origine, actuellement à usage d'habitation, a récemment été modifié : le toit a été prolongé sur le corps occidental, auparavant sommé d'une terrasse.

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Périodes

  • Principale1er quart 20e siècle
  • Principale2e quart 20e siècle, 3e quart 20e siècle
  • Principale4e quart 20e siècle

Dates

  • 1903daté par travaux historiques, porte la date
  • 1937daté par tradition orale, daté par travaux historiques
  • 1998daté par tradition orale

Auteurs

  • AuteurEmile Girard, architecte  / attribution par tradition orale

Description

Le bâtiment de 1903, aux murs en moellons calcaires enduits, se compose d'un corps central accosté de deux corps secondaires, moins larges et hauts Il compte quatre niveaux : étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé, étage carré et étage en surcroît, desservis par un escalier intérieur. Sur la façade postérieure, un escalier en fer à cheval donne accès au jardin. Les façades antérieure et postérieure, ordonnancées, sont percées de fenêtres horlogères, les façades latérales au rez-de-chaussée de fenêtres multiples (appelées localement fenestrages). Le corps central est coiffé d'un toit à longs pans à couverture de tuiles mécaniques, prolongé sur l'aile occidentale tandis que celle à l'est a conservé sa terrasse en béton. Le garage en rez-de-chaussée est protégé par un toit en appentis avec tuiles mécaniques. Le bâtiment de 1937 et, peut-être, son extension des années 1950-1960 ont vraisemblablement eux-aussi des murs en moellons calcaires enduits, celui de 1998 des murs en béton. Ils comptent tous trois niveaux : étage de soubassement, rez-de-chaussée surélevé et étage en surcroît sur le plus ancien, étage carré sur les autres. Les deux premiers sont coiffés de toits à longs pans à couverture de tuiles mécaniques, avec pignon couvert au sud pour celui de 1937, croupe au nord pour l'extension. Le dernier est protégé par un appentis en acier, à pignons découverts.

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  • Typologiesbaie horlogère / baie multiple
  • Murscalcaire / moellon / enduit / béton / enduit
  • Toittuile mécanique / béton en couverture / acier en couverture
  • Étagesétage de soubassement / rez-de-chaussée surélevé / 1 étage carré / étage en surcroît
  • Élévationsélévation ordonnancée
  • Couverturesterrasse / toit à longs pans / pignon couvert / croupe / noue / appentis / pignon découvert
  • Escaliersescalier dans-oeuvre / escalier de distribution extérieur / escalier en fer-à-cheval / en maçonnerie
  • Énergiesénergie électrique / achetée
  • État de conservationétablissement industriel désaffecté

Documentation

Documents d’archives

  • 3 P 128 Cadastre de la commune de Charquemont, 1812-1963- 3 P 128/1 : Registre des états de sections (1812)- 3 P 128/2-3 : Matrices cadastrales des propriétés bâties et non bâties [1823-1906]- 3 P 128/5 : Matrice cadastrale des propriétés bâties (1882-1910)- 3 P 128/8-9 : Matrice cadastrale des propriétés bâties (1911-1963)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 3 P 128
  • 1132 W 389 Établissements classés (20e siècle)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 1132 W 389

Documents figurés

  • Acquisitions, aliénations, échange d'immeubles communaux [terrain au 8 Rue Neuve à aliéner à Ernest Curtit], dessin sur calque (plume, lavis), par le géomètre Bourquin, Maîche le 27 mai 1901, 36,5 x 45 cm, échelle 1/1000
    Lieu de conservation : Mairie, Charquemont
  • Projet d'aliénation d'immeubles communaux [terrain aux 4 et 6 Rue Neuve à aliéner à Elisa Fallot], dessin sur calque (plume, lavis), par le géomètre Bourquin, Maîche le 21 janvier 1904, 38 x 49 cm, échelle 1/500
    Lieu de conservation : Mairie, Charquemont
  • [La "montre phénomène-tourbillon"], dessin imprimé, s.n., s.d. [1906]. In : La France horlogère, 6e année, n° 115, 1er avril 1906, p. 10.
  • [Paul Loichot (au centre) au milieu des ouvriers construisant sa maison du 7 rue de la Gare (le jeune Jean-Louis Struchen est assis à ses côtés)], carte photo, s.n., s.d. [décennies 1900-1910]
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • Union ouvrière de Charquemont (Doubs). Directeur : Paul Loichot, carte postale (gravure), s.n., s.d. [entre 1903 et 1905]. Porte la date 7 novembre 1905 (verso).
    Lieu de conservation : Collection particulière : Henri Ethalon, Les Ecorces
  • [Vue d'ensemble plongeante sur la façade postérieure de la maison], carte postale (gravure), s.n., [entre 1903 et 1905]. Porte la date 7 novembre 1905 au recto (tampon) et au verso. Publiée dans : Simonin, Michel. L'horlogerie au fil du temps et son évolution en Franche-Montagne, sur le plateau de Maîche, 2007, p. 26. Aussi dans : Vuillet, Bernard. Entre Doubs et Dessoubre. Tome III. Autour de Charquemont et Damprichard, 1991, p. 133.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Henri Ethalon, Les Ecorces
  • 416. Charquemont - La Gare, carte postale, par Ch. Simon, 1905 ou 1906, Ch. Simon éd. à Maîche. Porte la date 19 juillet 1906 au verso (coll. Henri Ethalon, Les Ecorces).
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • Charquemont - Quartier Neuf, carte postale, s.n., s.d. [entre 1903 et 1918 ?], Francis Grux peintre-éditeur à Maîche
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • Charquemont - Rue Neuve, carte postale, s.n., s.d. [1916 ou 1917], Francis Grux peintre-éditeur à Maîche. La carte porte un tampon daté de mai 1917.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • 1. Horlogerie Ernest Struchen à Charquemont [façade postérieure de la maison], carte postale, s.n. [par Ch. Simon ?], s.d. [1ère moitié 20e siècle], Ch. Simon éd. à Maîche. Porte la date 15 octobre 1930 au verso.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Henri Ethalon, Les Ecorces
  • Charquemont (Doubs). - Horlogerie Ernest Struchen [façade postérieure de la maison], carte postale, s.n., s.d. [1ère moitié 20e siècle], Michel Chatelain éditeur à Charquemont.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • En avion au-dessus de... 7. Charquemont (Doubs) [vue aérienne des rues de la Gare, Victor Hugo et des Villas depuis le sud], carte postale (tirage photographique), s.n., s.d. [3e quart 20e siècle, entre 1958 et 1967], Lapie éd. à Saint-Maur
    Lieu de conservation : Collection particulière : Jacques Donzé, Charquemont
  • Prises de vues aériennes de l'IGN (20e siècle). Consultables en ligne via le site du Géoportail (www.geoportail.gouv.fr)

Documents multimédias

  • Annuaire des Entreprises de France, le fichier national des chambres de commerce et d'industrie
  • Institut national de la Propriété industrielle. Base Brevets (http://www.inpi.fr/fr/services-et-prestations/bases-de-donnees-gratuites/base-brevets.html)

Bibliographie

  • Belmont, Henry-Louis. L'échappement à cylindre (1720-1950) : le Haut-Doubs, centre mondial au XIXe siècle. - Besançon : Technicmédia, 1984. 328 p. : ill. ; 28 cm.
  • Donzé, Jacques. Charquemont. Comment ? Pourquoi ? 1339-2010.- S.l. [Charquemont] : s.n. [l'auteur], 2010. 209 p. : ill. ; 30 cm.
  • Flores, Joseph. Le tourbillon de Loichot ou Burlin. In : Viennet, Jean-Pierre. Le pays des horlogers : trois siècles d'histoire franco-suisse. - Villers-le-Lac : Musée de la Montre, 2015, p. 114-121 : ill.
  • La montre tourbillon. In : La France horlogère, 6e année, n° 115, 1er avril 1906, p. 10 : ill.
  • Simonin, Michel. L'horlogerie au fil du temps et son évolution en Franche-Montagne, sur le plateau de Maîche. - Maîche : M. Simonin, 2007. 143 p. : ill. ; 30 cm.
  • Sornay, Lionel. Prosopographie des entreprises horlogères et de leurs financeurs sur le plateau de Maîche 1925-1973. - Besançon : Université de Franche-Comté, 2003. 56 p. : ill. ; 30 cm. Mém DEA : histoire industrielle : Besançon : 2003 ; 51.
  • Vuillet, Bernard. Entre Doubs et Dessoubre. Tome III. Autour de Charquemont et Damprichard, d'après la collection de cartes postales de Georges Caille. - Les Gras : B. Vuillet, Villers-le-Lac : G. Caille, 1991. 243 p. : cartes postales ; 31 cm.

Témoignages oraux

  • Donzé Jacques, ancien horloger, historien de Charquemont
  •  

Lien(s) web

Intérêt, protection et statut

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  • Statut de la propriétépropriété privée

Désignation

  • Dénomination(s)maison, usine d'horlogerie, usine de décolletage
  • Parties constituantes non étudiéesatelier de fabrication, bureau, entrepôt industriel, logement, magasin industriel, garage, fontaine, jardin, transformateur

Localisation

  • CommuneCharquemont
  • Adresse 4 et 6 Rue Neuve
  • Milieu d'implantationen ville
  • Aire d'étude et cantonPays horloger (le) - Maîche

Étude

  • Copyright© Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
  • Auteur(s)Poupard Laurent
  • Date de l'étude2013

Localisation