Patrimoine en Franche-Comté - Les établissements hydrauliques de Montlebon

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Les établissements hydrauliques de Montlebon

25 - Montlebon
Dossier IA25001697 réalisé en 2017

Illustrations

Historique

La commune de Montlebon est arrosée par le ruisseau de la Douve, qui prend sa source à Derrière le Mont, est alimenté par le Bief Tari à Louadey et se jette au Pré Robert dans le Doubs. Ce dernier n'animait pas d'usine : le moulin Bournez, situé au nord-est et implanté sur sa rive droite, l'était par une source et un bassin de retenue. Les établissements hydrauliques dépendaient donc presque tous de la Douve. Certains sont acensés par le prieuré de Morteau dès le 16e siècle.

Dans un "extrait du censier du prieur de Morteau relatif aux usines" rédigé au début du 19e siècle, l'arpenteur Roland relève ainsi : Jeannerot Mercier à la tête d'un moulin à Louadey signalé en 1508 ; Jean Vermot [Vermot-Desroches] pour une forge à Derrière le Mont en 1534 ; Girard Mercier et Guillaume Siron pour une scierie et une ribe à Louadey en 1537 ; Claude et Jean Rougnon pour moulin, ribe et foule toujours à Louadey en 1541 ; Claude Vuillemey pour les mêmes équipements à Derrière le Mont en 1562 ; Jean Simon et Claude Vermot pour ribe et forge à martinet au même lieu en 1562 ; la même année et au même lieu Claude Vermot pour moulin, forge à martinet et battoir d'écorces ; de nouveau Claude Vermot à Derrière le Mont en 1564 pour moulin, ribe et foule, puis en 1570 pour moulin, ribe, foule et forge à martinet ; Antoine Rougnon à Derrière le Mont en 1566 pour deux moulins, deux ribes et une foule ; Clauda femme de Jacques Rougnon à Cornabey en 1574 pour un moulin ; Blaise Grandguillaume encore à Cornabey l'année suivante pour deux moulins, une scierie, une ribe, une foule, une forge à martinet et un moulin à poudre ; pour finir, Louis Bourney au bas de Cornabey en 1576 pour moulin, ribe et foule.

Treize sont portés sur ce ruisseau sur la carte de Cassini, gravée en 1762 : sept en amont du Bief Tari, les autres en aval. Ce sont avant tout des moulins, parfois menacés d'interdiction comme ceux de Derrière le Mont qui sont défendus en 1771 par les habitants aux motifs que les moulins du Saut du Doubs sont trop éloignés et que le fonctionnement des autres est aléatoire ("leur fériation [est] presque continuelle les uns par une trop grande abondance d'eau, les autres par le défaut d'eau, les gelées"). En 1778, sur la quarantaine de moulins du val de Morteau, onze sont à Montlebon : huit à Derrière le Mont et trois à Cornabey. Le moulin à foulon de Joseph Grosjean (puis teinturerie Reuille), attesté en 1787 mais antérieur, est-il compté au nombre de ces trois derniers ?

Ces moulins sont pour la plupart multifonctionnels : outre les paires de meules horizontales, ils peuvent comporter une "rebatte" (meule verticale destinée notamment à écraser le chanvre), un battoir d'écorces, une huilerie et une "rasse" (scie).

Les forges constituent une part non négligeable des établissements hydrauliques de la commune. Elles sont parfois fort anciennes, telles à Derrière le Mont celles de François Xavier Vermot-Desroches (bâtie ou restaurée en 1562 et reconstruite en 1605), de Pierre Joseph Vermot-Desroches (datant de 1534 et rebâtie en 1607), d'Eloi Ferréol Feuvrier - ou Février - (1652) et de Claude François Faivre (1654). De ces quatre forges à martinet recensées en 1772, la deuxième et la quatrième produisent chacune 250 à 300 tonnes de quincaillerie. Six étaient attestées dans la commune en 1757 : trois forges de serrurerie et trois martinets (de taillanderie). Mais le fer n'est pas le seul matériau travaillé : le taillandier Charles Ambroise Vermot-Desroches demande en 1821 l'autorisation de "changer la destination de son usine en y ajoutant le travail du cuivre" ; trois ans plus tard, un autre taillandier Xavier Jacquot (ou Jeanjacquot), originaire des Gras, achète la forge Feuvrier (devenue taillanderie Nicod) qu'il convertit à la mise en forme du cuivre (elle en traitera 20 tonnes quatre ans plus tard).

Sur le plan cadastral de 1814 sont représentés 18 établissements hydrauliques, dont 17 sur la Douve ou ses affluents. Ainsi, d'amont en aval, on trouve :

- à Derrière le Mont : l'huilerie (D 302, 1 roue hydraulique représentée) et le moulin (D 303, 2 roues) des héritiers de Félix Vermot-Desroches ; l'huilerie (D 320, 1 roue), le moulin (D 322, 2 roues) et la "scie à eau" (D 321, 1 roue) d'Eloi Alexandre et Claude François Dubois ; le battoir d'écorces (D 329, 1 roue) et le moulin (D 334, 2 roues) de Jean Claude Porterat (ou Portrat) ; le moulin (D 339, 2 roues) de Félix Chardon ; le moulin (D 344, 1 roue) et la scierie (D 345, 1 roue) de Victor Belin ; les forges et leur "aisance de taillanderie" (D 347 et 348), le moulin ( D 349, 1 roue) et le bassin de retenue (D 346) de Pierre Claude François Nicod ; la forge (D 267) et son bassin (D 272), la scierie (D 268, 1 roue) et le moulin (D 265) des héritiers de Pierre Joseph Vermot-Desroches ;

- à Louadey : l'ancienne clouterie (E 54) de François Joseph Chopard ; le moulin (E 40) de Charles Mercier ; la scierie (E 26) et le moulin (E 25) de Claude Joseph Tirode ; la scierie (E 11) de Gaspard Rougnon (ou Rognon) ; le moulin (E 7) de François Xavier Garnache ;

- à Cornabey : le battoir d'écorces (A 499) et le moulin (A 497, 3 roues) de Pierre Ignace Garnache ; le moulin (A 491) et la scierie (A 488) d'Aimé Désiré Chopard ; la maison (A 76) de la veuve et des héritiers de Joseph Grosjean (dont on sait qu'elle héberge une "foule").

A ces 15 sites s'ajoutent à Derrière le Mont, sur un affluent de la Douve à l'ouest du moulin Dubois, la forge de Jean Anthime Binétruy (D 315, 1 roue) avec son bassin de retenue (D 299), et à Louadey, en aval du moulin Garnache la maison cadastrée E 2 qui abrita certainement une activité liée à l'eau. Plus, au Moulin Bournez, le moulin (C 10) de Blaise Charles Ambroise Chopard avec ses deux bassins de retenue (C 7 et 9).

Ces établissements sont implantés sur des dérivations de la Douve et parfois alimentés par un bassin de retenue. Ceux de Cornabey sont particuliers en ce sens qu'ils sont tous établis sur le même canal de dérivation.

L'annuaire du département du Doubs de 1821 présente ceux à vocation métallurgique : trois forges, chacune équipée d'un martinet, exploitées par leur propriétaire (Vermot-Desroches, Nicod et Binétruy) et occupant ensemble huit à dix personnes. Deux fabriquent essentiellement des faux (elles ont une capacité de production d'environ 8 000 pièces par an) et la troisième "des instruments aratoires et de la grosse taillanderie" (14 000 kg par an).

La composition des établissements change au fil du temps et des opportunités, soulevant souvent l'opposition des autres usiniers.

Ainsi par exemple, en 1826, "sollicité par les habitans des villages voisins qui ne trouvent plus d'usines pour faire scier les planches qui leur sont nécessaires" car "il est notoire que toutes les scies situées sur le même cours d'eau et celles des environs sont occupées pour des marchands de bois", Joseph Alexis Grosjean "se propose de remplacer la roue qui fait rouler le martinet de sa forge par une roue qui fera mouvoir une lame de scie". Le service des Ponts et Chaussées constate qu'il est propriétaire "de deux usines [autrefois à Félix Vermot-Desroches] situées au lieu dit Derrière le Mont, l'une consiste en des moulins à blé et l'autre renfermait un feu de forge et une huilerie [...] La pente du ruisseau est très considérable et l'eau à l'extrémité de la dérivation est conduite par des huches inclinées sur des roues à augets qui font mouvoir actuellement l'huilerie et les moulins à blé." L'administration des Eaux et Forêts établit "qu'il existe déjà dans cette localité sept établissements de cette nature qui suffisent aux besoins du commerce et des habitants". Toutefois, le préfet signale que "l'autorité locale [la municipalité] et les propriétaires de plusieurs usines expriment le voeu de voir accueillir la demande du Sr Grosjean, attendu que les scieries actuellement existantes ne peuvent subvenir à réduire en planches les pièces de bois qui y sont conduites à cet effet", et il ajoute "que le remplacement d'un feu de forge par une scierie tendra à faire diminuer la consommation du combustible". L'autorisation est accordée par l'ordonnance royale du 6 mai 1829.

En 1836, c'est Xavier Jacquot qui sollicite celle de construire une scierie. L'établissement est ainsi décrit : "une usine consistant en une forge à martinets et tours occupant trois roues hydrauliques, l'une pour la soufflerie, l'autre pour le martinet, et la 3e pour le tour, celle-ci faisant mouvoir aussi des pillons à cammes [sic] et une meule à aiguiser, pour la manutention du cuivre et du fer, et un moulin à blé à un tournant [...] Il existait aussi dans les mêmes bâtiments un autre moulin et une huilerie mais qui ont été démolis l'un et l'autre". Jacquot demande l'autorisation de réutiliser l'emplacement des deux moulins à blé et de l'huilerie pour "une scierie à deux lames mue par un seul tournant, ainsi qu'une machine à refendre les planches et un moulin à bled, mues l'une et l'autre par un autre tournant". Ses opposants - Charles Ambroise Vermot-Desroches, Alexis Théophile Chopard et Charles Emmanuel Mercier - arguent "que sur le seul ruisseau de Derrière le Mont il existe, dans la distance d'un myriamètre tout au plus [10 km], huit scieries la plupart à double harnais, renfermant pour les huit vingt et une lames, sans compter un cadre de scie qui en a quatorze à lui seul et confectionne quarante lambris dans une heure et demie". Jacquot obtient cependant satisfaction par l'ordonnance royale du 24 octobre 1838.

Une douzaine d'usines est signalée en 1852 (d'amont en aval sur la Douve).

A Derrière le Mont, l'établissement Grosjean (autrefois Félix Vermot-Desroches) comporte "2 moulins à 2 tournants chacun, 1 scierie et 1 huilerie" ("2 tournants de moulins chôment la moitié de l'année ; l'huilerie et la scierie, les 3/4"). Les trois suivants sont caractérisés par "Chômage prolongé. Peu d'affaires" : celui de Vermot-Desroches (autrefois Dubois) a "2 moulins à 2 tournants chacun, et 1 scierie" ; celui de Porterat "2 moulins à 1 tournant et 1 ribe de filasse" ; celui de Chardon "2 moulins à 1 tournant chacun". "Chômage fréquent" pour celui exploité par le fermier Prudhon (autrefois Belin) : "2 scieries à un seul tournant, 2 scies circulaires, avec un tournant". L'établissement suivant, celui de Jacquot (auparavant taillanderie Nicod), est dynamique ("Pas de chômage. Le travail de l'atelier n'est pas sans importance") : "1 forge à 4 martinets pour le vieux cuivre ; 2 scies, 2 circulaires". Juste en aval une autre cuivrerie, plus modeste ("Chômages, et par suite, il manque d'activité dans la fabrication"), celle de Charles Vermot-Desroches : "1 forge à 5 martinets pour la cuivrerie, 1 scierie à 2 lames et 2 circulaires, 1 moulin à 1 tournant".

A Louadey, la famille Mercier est encore présente avec Joseph : "1 scierie, scie circulaire et 1 moulin [...] Chômage de 6 mois par an. Peu d'affaires". Les deux sites suivants ont pour appréciation : "Chômage prolongé. Peu d'affaires" ; Tirode a cédé la place aux ayants droit d'un nommé Pelletier ("1 scierie et 1 scie circulaire"), Rougnon et Garnache à Charles Théodore Duchet-Annez ("1 scierie, 1 scie circulaire et 2 tournants de moulin").

A Cornabey, même commentaire pour Georges Pugin qui a remplacé Pierre Ignace Garnache ("2 moulins à 1 tournant chacun, 1 huilerie et 1 battoir") tandis que celui sur l'usine de Désiré Chopard ("3 moulins à 1 tournant chacun, 2 scies, 2 scies circulaires, 1 huilerie et 1 ribe") est plus élogieux : "Usine bien établie. Elle subit plus de 6 mois de chômage par an".

Il faut là encore ajouter à Derrière le Mont, sur la Varanche (petit affluent de la Douve), "1 forge pour taillanderie (2 martinets)" appartenant à François Rognon (et autrefois à Binétruy) dite "Sans importance. Peu d'eau".

Certains des établissements ont disparu, ou été regroupés, mais l'on rencontre en ce milieu du 19e siècle une demande de création. En effet, en 1861, les frères Daniel et Joseph Vermot-Desroches (fils de Jean Félicien) sollicitent l'autorisation de construire une usine (moulin et scierie) juste en aval de celle de leurs cousins, Bernard et Louis Vermot-Desroches (fils de Charles Ambroise) et en amont de l'ancienne clouterie Chopard (devenue habitation de la veuve Moyse). Ils obtiennent cette autorisation par l'arrêté préfectoral du 15 septembre 1865 mais n'engagent les travaux que vers 1871. L'année suivante, les fondations ont été réalisées et le canal d'amenée creusé mais "le manque d'ouvriers a été la cause involontaire que l'eau n'arrive pas encore dans le lit établi pour l'usine". Le 24 octobre 1874, l'ingénieur des Ponts et Chaussées constate que rien de plus n'a été fait et que "les permissionnaires présents ont été incendiés au mois de juillet dernier. Ils se trouvent dans un grand état de gêne qui ne leur permet pas d'exécuter actuellement leurs travaux." L'usine ne verra jamais le jour.

En 1882, la matrice cadastrale des propriétés bâties dénombre une forge de taillanderie, une scie à eau et treize moulins bien que la meunerie ne soit plus l'activité principale, supplantée par le sciage des bois.

Ainsi à Derrière le Mont, Urbain Chardon ajoute en 1862 à son moulin "une scierie à double harnais" (l'établissement comporte deux roues en dessus dont "la première sert de moteur à trois scies verticales"). A Cornabey, Joseph Pugin remplace vers 1864 son battoir par une scierie ; à cette époque, l'établissement de François Porterat compte toujours trois paires de meules et une huilerie mais aussi trois scies verticales (le tout animé par six roues en-dessus) tandis qu'une scierie est installée en remplacement du foulon Reuille par Arsène Jacoutot. Ce dernier envisageait de remplacer son moulin et sa scierie de Louadey (future scierie Pugin Frères) par une nouvelle scierie (équipée "de quatre lames de grandes scies et d'une scie circulaire") à bâtir un peu en aval, mais venait d'abandonner son projet à la suite de l'incendie de l'établissement existant en 1865.

Cette diversification progressive peut être accélérée par les circonstances. Le moulin Porterat de Cornabey est endommagé par un incendie en 1885. Son nouveau propriétaire, Victor Fournot, négociant et banquier à Morteau, le fait réparer et, l'année suivante, son équipement se compose d'une turbine actionnant une scie multiple, une scie circulaire et une scie à équarrir ("non encore montée"), une roue par-dessus entraînant trois paires de meules et une deuxième roue par-dessus destinée à animer des machines à ébaucher des pièces d'horlogerie ("non encore montées"). On ne sait pas si l'activité de fabrication des fournitures horlogères a vu le jour mais elle n'a pas laissé de trace et c'est la scierie qui s'est développée.

Le 4 septembre 1904, plusieurs des usiniers de la commune, membres de la société des Amis du Travail et qui se sont regroupés pour acheter l'ancien site Grosjean (alors Bourgeois frères et sœurs), envisagent de remplacer le bâtiment existant par une usine dotée d'une turbine afin de produire de l'électricité pour éclairer le hameau de Derrière le Mont. Projet sans suite.

Comme en beaucoup d'endroits, la première guerre mondiale marque un coup d'arrêt pour certaines activités. C'est ainsi que disparaît le travail du métal, peut-être dès le milieu des années 1900 pour l'établissement de Louadey issu de la taillanderie de Charles Ambroise Vermot-Desroches, dont seule subsiste l'activité de sciage avec une nouvelle scierie bâtie en 1894 (par la suite scierie Gaiffe puis Faivre) ; en 1916 à Derrière le Mont où la mort de Louis Jacquot condamne sa fabrique d'objets en cuivre ("tuyères de forges, bassins et bouilloires", "chaudières à fromage" (sa spécialité), bidons, pèse-lait et autres fournitures pour les fromageries, alambics, chandeliers et cuivrerie d'art) tandis que la scierie annexée ferme avec le décès prématuré de son neveu Joseph Jacquot. Une activité atypique, juste évoquée par Bernard Vuillet, cesse aussi peu avant 1914 : la fabrication des aiguilles d'horlogerie dans un bâtiment dépendant de la future usine Sauge.

En ce premier quart du 20e siècle, les établissements demeurent modestes dans tous les cas, occupant peu de personnel, et leur propriétaire est souvent aussi paysan. C'est, par exemple, le cas de Francis Vermot-Desroches, qui reprend en 1895 la scierie Jacoutot à Cornabey, ou de la famille Sauge à Derrière le Mont. Alix Sauge achète vers 1920 la scierie de Jules Vermot-Desroches pour y engranger du foin pour sa ferme du Mont des Meix, dominant le hameau, et c'est son fils Emile qui va y maintenir une activité productive en y installant en 1923 son atelier de charron (il réalise aussi voitures, tombereaux à purin, brouettes, charrettes, chevaux à bascule, boîtes et caisses pour l'horlogerie, prie-Dieu et chaises d'église, etc.).

Cette double activité n'empêche cependant pas la modernisation de l'outil productif, même si elle la limite nécessairement. Ainsi, sur les treize usines recensées en 1906 (dont quatre appartiennent à des Vermot-Desroches), trois ont des turbines tandis que les autres fonctionnent encore avec des roues hydrauliques en-dessus. A Cornabey, Arsène Jacoutot avait vers 1875 remplacé sa roue par une turbine Girard et Fournot installé la sienne dix ans plus tard (une turbine des Ets Douge, de Besançon). Les établissements Sauge ont eu la leur, de même que Chardon (une turbine Francis) à Derrière le Mont et Pugin Frères à Louadey (une turbine Douge, démontée au milieu des années 2000). A Cornabey encore, Francis Vermot-Desroches avait remplacé en 1907 la turbine Girard mise en place par Jacoutot par une turbine Francis des Ets Goulut-Borne (de Luxeuil), à laquelle il avait ajouté en 1913 une turbine de 2,5 ch actionnant une dynamo et en octobre 1924 une troisième turbine, de 12 ch. Le manque d'eau a conduit certains des usiniers à s'équiper d'une machine à vapeur en complément de leurs moteurs hydraulique, comme le même Vermot-Desroches en 1909 (machine de 40 ch utilisée jusqu'en 1925-1926), Eugène Arnoux pour sa scierie (auparavant Fournot), peut-être au début des années 1890 (la cheminée en sera abattue en 1942 ou 1943), et Chardon dans la sienne.

Le 20e siècle voit la fermeture de la plupart des usines, et la destruction de certaines d'entre elles. C'est ainsi que disparaissent, à Derrière le Mont, les deux bâtiments Grosjean (le moulin près de la source de la Douve, objet d'un captage, et la grosse scierie bâtie un peu en aval), le moulin de Jules Chardon (Porterat auparavant, en aval des établissements Sauge) et la partie hydraulique du site Jacquot (bâtiments de la chaudronnerie et de la scierie), et à Louadey celle de la scierie Clerc (ancien moulin de Charles Mercier en 1814, détruit en 2017).

En 2017, onze établissements subsistent, ne serait-ce que partiellement : à Derrière le Mont l'usine de bimbeloterie, tabletterie et meubles de la société Sauge, la scierie Chardon (fermée vers 1975), la scierie Prudhon (moulin et scierie Belin sur le plan cadastral de 1814, reconstruit en 1864, date portée avec les initiales AP et LH), le logement de l'usine de chaudronnerie Jacquot et la scierie Faivre ; à Louadey le logement de la scierie Clerc (bâti en 1898 comme l'atteste cette date portée avec les initiales CJ), la scierie de Marcellin Vermot-Desroches - qui exploita aussi un four à chaux sur place - et de son gendre Charles Mamet (moulin et scierie Tirode en 1814) et la scierie Pugin Frères ; à Cornabey le moulin à farine et scierie Pugin (fermée vers 1955 ?), la scierie Gaiffe (fermée en 1990) et la scierie Vermot-Desroches (fermée en 1984).

Seuls fonctionnent donc encore les établissements Sauge (13 personnes, fabrication de jeux et, jouets, articles de décoration, de cuisine et de bureau, éléments de mobilier, etc.), Faivre (scierie de résineux familiale occupant 8 personnes) et Pugin Frères (scierie de résineux employant 12 personnes). Aucun n'utilise plus l'énergie hydraulique.

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Périodes

  • Principale19e siècle, 20e siècle, 1er quart 21e siècle

Documentation

Documents d’archives

  • 3 P 404 Cadastre de la commune de Montlebon, 1814-1965- 3 P 404 : Atlas parcellaire (24 feuilles), dessin (plume, lavis), par le géomètre du cadastre Vial, 1814 (sections A-E) et 1818 (sections F-G)- 3 P 404/1-2 : Registre des états de sections, s.d. [1822 ?]- 3 P 404/3, 6 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1822-1874- 3 P 404/4-5 : Matrice cadastrale des propriétés bâties et non bâties, 1875-1914- 3 P 404/7 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1882-1910- 3 P 404/8 : Matrice cadastrale des propriétés non bâties, 1914-1965- 3 P 404/9 : Matrice cadastrale des propriétés bâties, 1911-1965
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 3 P 404
  • 7 S 72 Cours d'eau et usines. Régime des eaux. Moulins-usines (1825-1896)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Service hydraulique. Usines. Réglementation, autorisations de travaux (an III-1897)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : Sp 742
  • Sp 743 Service hydraulique. Usines. Réglementation, autorisations de travaux (1836-1913)
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : Sp 743
  • Statistique de l'utilisation de la force motrice des eaux. In Annuaire départemental du Doubs pour 1852, 40e année, 1851, p. 103-158.
  • Roland, Pierre Henry. Extrait du censier du prieur de Morteau relatif aux usines, vers 1820-1821. Liste, collationnée par l'arpenteur Roland pour un ouvrage historique sur Morteau, communiquée par Henri Leiser.

Documents figurés

  • Carte générale de la France. N° 146 [Besançon], gravure, par César-François Cassini de Thury (dir.) et Durand (grav.), 1759-1762, échelle 1:86 400, 60 x 95 cm
  • Plan et nivellement relatifs à la demande en changement de destination d'une usine par le sieur Vermot Des Roches, propriétaire habitant de la commune de Montlebon, dessin (plume), par l'ingénieur Vauquelin, Besançon le 27 janvier 1822, échelles 1/500, 1/200 et 1/50, 47,5 x 63 cm
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : Sp 742
  • Plan et nivellement relatifs à la demande en autorisation d'une scierie formée par le sieur Grosjean de la commune de Montlebon, dessin (plume, lavis), par l'ingénieur des Ponts et Chaussées Vauquelin, Besançon le 6 juillet 1826, 49 x 64,5 cm, 1/500
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Plan relatif à l'instruction de la demande du Sr Xavier Jacquot de Derrière le Mont, commune de Montlebon, dessin (plume, lavis), par l'ingénieur Parandier, Besançon le 11 septembre 1837, échelles graphiques 1/500 et 1/50, 38,5 x 68,5 cm. Un exemplaire du plan est conservé dans la liasse 7 S 72 des mêmes archives départementales du Doubs.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : Sp 742
  • Plan. Extrait du cadastre de la commune de Montlebon pour servir à l'intelligence de la demande formée par les Srs Vermot-des-Roches Daniel et Joseph, propriétaires domiciliés dans la commune de Montlebon, pour obtenir l'autorisation de construire une usine sur leur propriété sise au lieu dit la Défaite, territoire de la commune de Montlebon, dessin (plume, lavis), par [illisible], Montlebon le 29 septembre 1861, 1/1 250, 31 x 42 cm
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Commune de Montlebon. Règlement d'eau de l'usine projetée par les Srs Vermot Desroches. Plan, profils en long et en travers, dessin sur calque (plume, lavis), par l'ingénieur ordinaire Cuvinot, Besançon le 17 mars 1863, échelles 1/2 500, 1/250 et 1/200, 31 x 50,5 cm. Calque (en très mauvais état) également dans la liasse Sp 742.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Ruisseau de Derrière-le-Mont. Commune de Montlebon. Règlement d'eau de l'usine du sieur Chardon Urbain. Plan, profils en long et en travers et dessins de détails, dessin sur calque (plume, lavis), par l'ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées Cuvinot, Besançon le 24 février 1863, échelles diverses, 30,5 x 42 cm. Un exemplaire du plan est conservé dans la liasse Sp 742 des mêmes archives départementales du Doubs.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Commune de Montlebon. Règlement d'eau de l'usine projetée par le Sr Jacoutot (Arsène). Plan, profils en longs et en travers, dessin (plume, lavis), par l'ingénieur ordinaire Cuvinot, Besançon le 17 février 1863, 31 x 42 cm, échelles 1/2 500, 1/250 et 1/200. Existe aussi sous forme de calque (en mauvais état) dans la liasse Sp 742
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Projet de règlement d'eau de la scierie du Sr Jacoutot Arsène, au hameau de Cornabey, territoire de Montlebon. Plan et profils, dessin (plume, lavis), par le conducteur des Ponts et Chaussées Em. Gresset, Besançon le 31 décembre 1873, 30,5 x 42 cm, échelles 1/2 500, 1/600 et 1/100. Il en existe une version sur calque dans la liasse Sp 742.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : 7 S 72
  • Commune de Montlebon. Ruisseau de Cornabey. Usines des Srs Pugin et Fournot. Plan des lieux, dessin sur calque (plume, lavis), par le conducteur Couturier, Besançon le 31 décembre 1887, 1/2 500, 31 x 61 cm. Un exemplaire du plan est conservé dans la liasse 7 S 72 des mêmes archives départementales du Doubs.
    Lieu de conservation : Archives départementales du Doubs, Besançon  - Cote du document : Sp 742
  • 323. Derrière-le-Mont. - Pont de la Chatte [le cantonnier Louis Balmeur tirant sa charrette, certainement fabriquée dans l'atelier d'Emile Sauge], carte postale, s.n., s.d. [1er quart 20e siècle], Farine Frères et Droël éd. au Locle et à Morteau. Aussi publiée dans : Vuillet, Bernard. Le val de Morteau et les Brenets en 1900. - 1978, p. 212.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Société Sauge, Montlebon
  • 65. - Les environs pittoresques de Morteau. Le bief de Derrière-le-Mont à Louardey [sic], carte postale, s.n., [1er quart 20e siècle, avant 1921], Charles Pierre éd. à Morteau. Porte la date 16 mars 1921 (manuscrite) au verso.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Société Sauge, Montlebon
  • Derrière-le-Mont (Doubs). - La source [de la Douve], carte postale, s.n., [2e quart 20e siècle, avant 1933], collection Jacquot. Porte la date 23 septembre 1933 (manuscrite) au verso.
    Lieu de conservation : Collection particulière : Société Sauge, Montlebon

Bibliographie

  • Courtieu, Jean (dir.). Dictionnaire des communes du département du Doubs. - Besançon : Cêtre, 1982-1987. 6 t., 3566 p. : ill. ; 24 cm.
  • Garneret, Jean. Le martinet et la faux en Franche-Comté. Actes du colloque sur l'artisanat (Besançon, 10-12 juin 1960). - Annales littéraires de l'Université de Besançon, vol. 45, Les Belles Lettres, 1961, p. 67-85
  • Lemoine, Hubert. Le Val de Morteau et environs, de sa naissance à la Révolution. - Besançon : Jacques et Demontrond, 1972. 192 p. ; 24 cm.
  • La roue hydraulique. Naissance de l'industrie dans le val de Morteau. - [Morteau] : [Lycée d'Enseignement Professionnel], [1982]. 60 p. : ill. ; 21 cm. Ouvrage réalisé par des élèves du collège de Morteau dans le cadre d'un projet d'action éducative.
  • Vuillet, Bernard. La vie dans le val de Morteau entre 1750 et 1800. - [S.l.] : [s.n.], 1975. 2 vol. (421 p.) : ill. ; 30 cm. Th. : Paris, Ecole des Chartes, 1975.
  • Vuillet, Bernard. Le val de Morteau et les Brenets en 1900, d'après la collection de cartes postales de Georges Caille. - Les Gras : B. Vuillet, Villers-le-Lac : G. Caille, 1978. 294 p. : cartes postales ; 31 cm.
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Annexe(s)

  • Statistique de l'utilisation de la force motrice des eaux en 1851 dans la commune de Montlebon [+]

Désignation

Étude

  • Copyright© Région Bourgogne-Franche-Comté, Inventaire du patrimoine
  • Auteur(s)Poupard Laurent
  • Date de l'étude2016